J’ai une pensée spéciale pour les 1000 résidents des CHSLD qui sont actuellement infectés par la COVID-19, écrit Huguette Gagnon.
J’ai une pensée spéciale pour les 1000 résidents des CHSLD qui sont actuellement infectés par la COVID-19, écrit Huguette Gagnon.

Les CHSLD, les oubliés du Dr Arruda et de M. Legault

POINT DE VUE / Au Gala des Iris 2020, en recevant son trophée de meilleur acteur, M. Gilbert Sicotte a eu des paroles très fortes. Il a dédié son trophée «aux aînés du Québec qui ont été maltraités pendant cette pandémie». M. Sicotte m’a donné le courage de m’exprimer publiquement sur l’oubli des ainés des CHSLD lors de la préparation du Québec à la pandémie qui allait frapper, préparation qui a été faite par Dr Arruda et M. Legault en février 2020. Ceux-ci ont avoué qu’ils avaient alors oublié les CHSLD.

À chaque jour, lors du point de presse de Dr Arruda et de M. Legault, lorsqu’ils indiquaient le nombre de décès de la veille survenus dans les CHSLD et qu’ils disaient : «On vous l’avait dit que c’est là que ça frapperait, les 70 ans et plus». J’étais dévastée et révoltée. Cette banalisation des décès a trouvé écho dans la population : plusieurs fois, j’ai entendu les propos suivants : «C’étaient des vieux; ils seraient morts dans 1 an, 2 ans ». 

Aujourd’hui, en mémoire de toutes les personnes de 70 ans et plus qui sont décédées dans les CHSLD depuis le début de la pandémie, je m’exprime sur la gestion de crise du Dr Arruda et de M. Legault. 

En février 2020, Dr Arruda et M. Legault savaient que c’étaient les personnes souffrant de maladies qui étaient le plus à risque de complications, lorsqu’elles étaient infectées par le coronavirus. Ils savaient également que de telles personnes vivaient dans les CHSLD et qu’il y avait un manque de personnel dans ces institutions. Comme ces personnes devaient recevoir des soins, il n’était pas possible de leur appliquer la solution applicable au reste de la population, soit le confinement empêchant les contacts. Il était alors prévisible que la pandémie ajouterait aux difficultés vécues auparavant dans ces institutions en raison du manque de personnel. J’estime qu’il était clair comme l’eau de roche que la première chose à faire était d’augmenter le personnel dans les CHSLD. Depuis son entrée en pouvoir, M. Legault avait refusé les demandes syndicales d’augmenter le personnel dans les CHSLD, un tel refus ayant été fait en juillet 2019, notamment. Cependant, en février 2020, la pandémie était aux portes du Québec et il était urgent que le personnel y soit augmenté.

Lorsqu’il a été dans l’obligation de demander l’aide de l’armée, M. Legault n’a pas pris la décision d’augmenter le personnel. Or, quand M. Trudeau a décidé d’envoyer l’armée au Québec, il a dit qu’elle y serait jusqu’au 12 juin 2020 et qu’il s’agissait d’une solution temporaire. Il me semble qu’il était clair que M. Legault devait alors agir. M. Trudeau aurait sans doute dû spécifier que l’aide de l’armée était accordée, mais que M. Legault devait, en contrepartie, régler le problème du personnel insuffisant dans les CHSLD.

M. Legault n’a pas augmenté le personnel lorsque son comité d’experts lui a dit que la pire chose à faire était d’utiliser les médecins spécialistes dans les CHSLD et qu’il lui a recommandé d’y faire le plein de personnel. C’est quatre mois après le début de la pandémie, en faisant miroiter un salaire de 50 000 $, que M. Legault a décidé d’augmenter le personnel, en interdisant à nos anges gardiens, qui ont risqué leur vie depuis le début de la pandémie, de suivre cette formation.

Il serait injuste de reprocher à M. Legault les lacunes des gouvernements antérieurs quant au manque de personnel, mais il serait tout aussi injuste de reprocher aux gouvernements antérieurs la gestion de la crise qui n’a pas été faite par eux, mais par M. Legault. Celui-ci a détourné l’attention de sa gestion de la crise en accusant les gouvernements antérieurs, manœuvre qui a été très efficace auprès de la majorité des Québécois, mais qui ne le sera pas auprès de la Protectrice des citoyens. 

L’oubli des CHSLD, avoué par Dr Arruda et M. Legault, démontre qu’ils avaient besoin des conseils d’une personne compétente en pandémie. L’offre de Dre Liu, une spécialiste mondiale en pandémie qui vit à Montréal (elle s’était assurée que son offre soit connue par M. Legault), n’a pas été retenue par M. Legault qui craignait de ne pas être capable de la contrôler. Lorsque des vies humaines sont en jeu, je ne crois pas que le contrôle d’une spécialiste soit important. Dre Bonny Henry, médecin hygiéniste en chef de la Colombie britannique, a obtenu des résultats exceptionnels dans sa gestion de crise. Elle a une expérience similaire à celle de Dre Liu, ayant lutté contre l’épidémie d’Ebola notamment. Dre Henry a fait tester tous les résidents et tous les employés des CHSLD, ce qui comprenait les asymptomatiques évidemment, ce qui n’a pas été fait au Québec. Dre Henry a également interdit qu’un employé travaille à plus d’un établissement, ce qui s’est fait tardivement au Québec.

J’ai une pensée spéciale pour les 1000 résidents des CHSLD qui sont actuellement infectés par la COVID-19. La situation dans votre institution a dû s’améliorer après quatre mois de pandémie. J’espère que vous allez guérir et je vous rends hommage : vous avez amélioré notre société.