Les Caisses ne quittent pas les villes et les villages

Avec une constance remarquable, on voit à chaque année un journaliste aller demander à M. Claude Béland son avis sur l’évolution du Mouvement Desjardins et sa réaction face à la fermeture de points de service. Et chaque année, l’ancien président du Mouvement Desjardins reprend sa même critique de l’organisation dont il a été le dirigeant.

Cette année encore, M. Béland est revenu sur la place publique pour dire que «la rentabilité a désormais pris le pas sur les finalités sociales des caisses populaires». Lorsque vient le temps de parler de la fermeture de points de services, ce raccourci est si malheureux qu’il n’est pas acceptable de le laisser passer sans répondre.

Je l’ai dit, je l’ai répété et je le redirai à nouveau: la finalité des coopératives de Desjardins est de répondre aux besoins des membres dans le domaine des services financiers, pas de supporter la vie démocratique et communautaire des villes et villages du Québec. Certes, on peut participer à ce développement par l’entremise des excédents de la Caisse, mais en faire la finalité de l’entreprise est tout simplement impossible.

Répondre aux besoins des membres, c’est observer leurs habitudes et créer une offre de service qui est alignée sur celles-ci. Disons-le: une grande majorité des membres de Desjardins ne viennent plus à la Caisse pour leurs opérations quotidiennes. C’est bien normal, ils reçoivent une offre de service à distance extraordinaire, accessible et beaucoup plus versatile que le service en personne en caisse.

Acheter des assurances, obtenir l’aide pour faire des opérations, transférer des fonds entre ses comptes ou à d’autres personnes, faire des placements, des opérations sur les marchés financiers, payer ses comptes, sa carte de crédit, rembourser son hypothèque ou son prêt pour la consommation, voilà autant d’opérations qu’on peut faire en ligne ou par téléphone, dans le confort de son foyer même en dehors des heures d’ouverture de la Caisse. La réalité, c’est que les membres se tournent de plus en plus vers ces moyens pour opérer dans le réseau de Desjardins et ne fréquentent plus les places d’affaires.

D’ailleurs, posez-vous la question si vous êtes membre d’une Caisse: quelle est la dernière fois que vous vous y êtes rendus et qu’y avez-vous accompli? Probablement, à cette dernière occasion, vous y avez fait une opération qui nécessitait des signatures ou des questions qui doivent être posées en personne comme la finalisation d’une hypothèque, la signature d’un contrat d’assurance ou une opération de placement. Dans ce cas, même si un point de service qui était proche de vous ferme, il y a d’autres façons de réaliser ces opérations: un conseiller peut probablement venir chez vous pour les faire ou il y a sûrement un autre point de service certes un peu plus loin de chez vous mais plus moderne et accueillant où on se fera un plaisir de vous recevoir.

Se réorganiser autrement

Les Caisses ne quittent pas les villes et les villages du Québec, elles se réorganisent pour offrir des services autrement pour répondre aux besoins de leurs membres. Si un point de service dans un village reçoit une dizaine de visite par semaine, est-ce raisonnable de continuer à y maintenir une offre? Pourrait-on penser continuer à servir ces personnes autrement, en ligne ou par téléphone pour les transactions courantes ou en allant à leur rencontre de façon ponctuelle dans un bureau du village ou à la maison lorsque c’est nécessaire? C’est ça la réalité à laquelle les dirigeants des Caisses sont confrontés. Et, pour le bien de leurs membres qui financent leurs points de services et qui s’attendent à faire affaire avec une coopérative en bonne santé économique, c’est pour ces raisons qu’ils choisissent de déployer leurs services autrement.

Allez voir: même si des points de service sont fermés dans des villages, on peut quand même être membre de Desjardins dans ces localités et obtenir un bon service. Aussi, je suis absolument certain que vous pourrez trouver la marque de la contribution de Desjardins un peu partout dans ces communautés. Un immeuble ayant abrité la caisse revendu à prix avantageux pour créer une garderie, un investissement du fond d’aide au milieu dans les installations de la localité, une aide financière en commandite pour l’équipe de hockey local ou pour le centre d’hébergement pour les aînés de la région, autant de signes qui vous montreront que la Caisse est encore attachée à contribuer à son milieu. En ne finançant plus des bâtiments qui ne sont pas utilisés, on pourra probablement être en meilleure position pour faire cette contribution par le biais des excédents de la Caisse.

En somme, on ne peut pas contester le fait que des Caisses Desjardins décident de fermer des points de service un peu partout au Québec. Cependant, Desjardins est encore plus accessible qu’avant dans toutes les régions du Québec par Internet et par téléphone. C’est cette prestation de services que les membres veulent recevoir. Il n’est qu’économiquement et socialement logique de s’adapter à cette réalité en modifiant la façon de rencontrer les membres et en se concentrant sur ce qu’ils veulent vraiment. Si M. Béland ne voit pas cette évolution autour de lui et souhaite que les Caisses adoptent une stratégie commerciale coûteuse qui fait fi des demandes de leurs membres, c’est peut-être lui qui a oublié la finalité d’une coopérative de services financiers.

Antoine Letarte
Note: ce texte représente uniquement l’opinion de son auteur qui est dirigeant dans une Caisse du Mouvement Desjardins