Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, la polypharmacie fait du mal à nos aînés. Lors du dernier congrès national de Choisir avec soin, une des conférencières a présenté un tableau de la situation qui mériterait d’être mieux connu : nos aînés meurent des médicaments qu’ils prennent en trop grand nombre.

Les aînés meurent de l’insuffisance du panier de services

Les chiffres font peur : plus de la moitié des aînés prennent des médicaments potentiellement inappropriés au Canada selon une nouvelle étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Au Québec, 25 % d’entre eux se font prescrire des somnifères.

Mais comment s’en étonner? Les médicaments sont remboursés par les assurances publiques, mais pas la psychothérapie, la physiothérapie ou le soutien social. Et si ces statistiques ne sont pas nouvelles, elles confirment une tendance lourde des dernières années. Nous médicamentons beaucoup nos aînés au Canada dans nos établissements de soins de longue durée. Et nous médicamentons surtout les plus pauvres.

La polypharmacie fait du mal à nos aînés. Lors du dernier congrès national de Choisir avec soin, une des conférencières, la Dre Dee Mangin, a présenté un tableau de la situation qui mériterait d’être mieux connu : nos aînés meurent des médicaments qu’ils prennent en trop grand nombre.

En raison des interactions de ces médicaments, des chutes qu’ils entraînent ou de la difficulté que les personnes âgées ont à les éliminer de leur sang, c’est comme si chaque jour, nous faisions monter des aînés dans un avion avant de le faire s’écraser au sol, a-t-elle précisé.

Ces morts sont évitables! Elles découlent des attentes de la population en matière de gestion de la douleur, de l’insomnie ou de la santé mentale. Elles s’inscrivent aussi dans une tendance plus large de «surmédicalisation» dans laquelle la société québécoise a plongé tête première... suivant en cela de près nos voisins du Sud.

Agir sur les bons leviers

Vous m’avez déjà entendu parler des contrecoups du surdiagnostic et du surtraitement sur notre système de santé. Cela nous coûte cher en argent, et aussi en vies. Les médecins sont de plus en plus nombreux à agir, appliquant la déprescription quand c’est possible et nécessaire. Certains patients commencent aussi à poser les bonnes questions, mises de l’avant par la Campagne Choisir avec soin, en demandant par exemple à leur professionnel de la santé s’il y a des options plus simples et plus sécuritaires que les médicaments. Ce n’est pas toujours le cas, mais ça peut l’être. Et ces options doivent être accessibles.

Le médecin n’a pas réponse à tous les maux. La population doit l’apprendre et le comprendre. En médicalisant tous nos problèmes, de la moindre douleur lombaire à des insomnies passagères, nous engorgeons le système de santé, qui ne suffit plus à répondre à la demande ni aux coûts.

Nous devons entamer une discussion sur ce qui est médicalement indiqué. À partir de quand un mal de dos nécessite-t-il une injection de cortisone et pendant combien de temps cette béquille peut-elle et doit-elle être utilisée? Un traitement contre la perte de cheveux peut être médicalement indiqué. Doit-il pour autant être couvert? Ce sont des questions que l’on ne se pose pas.

Avant sa dissolution, le Commissaire à la Santé et au bien-être travaillait à la nécessaire révision du panier de services en santé. Un exercice difficile que le Québec ne peut s’éviter. Les partis politiques sont en campagne. C’est le temps ou jamais de parler de cet enjeu. Nous devons, comme société, faire des choix et les médecins doivent participer à cet important exercice pour qu’il soit basé sur des données probantes.

Dr Hugo Viens, Président de l’Association médicale du Québec