Les abeilles canadiennes demandent l’asile à l’Europe

Le printemps est de retour avec ses premières fleurs appétissantes.

Pour nous, fières abeilles canadiennes, c’est le temps de nous mettre à l’ouvrage et d’assurer, en allant butiner, la pérennité de la pollinisation des espèces végétales. Toutefois, depuis des années, notre danse productive nous force à entrer en contact avec les poisons que vous utilisez pour enrober vos semences ou asperger les champs. Le nom de ce poison est néonicotinoïdes, mais néonics se prononce mieux en bourdonnement d’abeille.

Tous les ans, nous sommes des millions à mourir au travail, empoisonnées par ces substances qui, les scientifiques vous le disent, ne sont même pas nécessaires à votre agriculture. Aucune comparaison possible entre l’utilisation de ces pesticides et le fruit de notre présence d’un océan à l’autre : 70 % des espèces cultivées dépendent de nous, elles fournissent plusieurs denrées que vous jugez délicieuses : fruits et légumes, le miel, le vin et bien d’autres.

Nous avons tout fait pour alerter vos chefs, avec bien peu de résultats. Nos protecteurs, les apiculteurs, avec qui nous produisons le miel que vous aimez tant, nos amis des organisations écologiques et de nombreux scientifiques ont porté notre message : interdisez dès maintenant ces néfastes néonics pour assurer notre survie et sauvegarder notre biodiversité et votre alimentation.

Amis humains, réveillez-vous! Quelle mouche a donc piqué la ministre de la Santé et ses collègues à Ottawa? Nous avons fait enquête et ce n’est pas une des nôtres.

Pourquoi est-ce si long de prendre la seule décision garante de l’avenir en interdisant enfin l’utilisation de ces substances?

Heureusement, nos cousines européennes ont convaincu l’union de leurs 27 pays d’interdire les néonics dès cette année. Nous aimons notre pays, le Canada, mais butiner ne peut plus pour nous être synonyme d’une mort annoncée.

C’est pourquoi nous avons décidé de demander le statut de réfugiées au Haut-commissariat européen aux droits des abeilles. C’est les ailes lourdes que nous nous préparons à cette migration forcée.

Nous vous demandons de joindre votre bourdonnement aux nôtres en signant la pétition de nos amis d’Équiterre afin que notre appel aux autorités canadiennes soit entendu. Ce n’est qu’une fois les néonics interdits que nous pourrons rester dans le plus beau et le meilleur pays au monde et enfin butiner en paix, pour le bien de tous.

Nadine Bachand, PhD
Chargée de projet — Pesticides et produits toxiques chez Équiterre, au nom de la Fédération nationale des abeilles canadiennes