Selon les auteurs de cette lettre d’opinion, en choisissant l’énergie éolienne, le Québec n’est pas uniquement allé chercher des kilowattheures supplémentaires. Il a diversifié ses approvisionnements avec une filière énergétique renouvelable qui représente l’avenir.

L’énergie éolienne: un bon choix énergétique

Le choix de l’énergie éolienne au Québec est un bon choix. C’était le cas en 2003, c’est encore plus le cas en 2018. Ce, malgré tout ce qui a pu être colporté au cours des dernières années et particulièrement au cours des derniers jours.

Le rapport de la Vérificatrice générale soulève des questions pertinentes sur les approvisionnements d’Hydro-Québec Distribution. Néanmoins, tel qu’elle l’a mentionné lors de différentes entrevues, il ne présente seulement qu’une partie de l’équation, qui relève davantage du passé.

Ce que le document ne dit pas, c’est que le Québec a fait le choix de l’énergie éolienne au début des années 2000, alors qu’Hydro-Québec avait identifié un déficit énergétique et que les Québécois sortaient par milliers dans la rue pour dénoncer le projet de la centrale au gaz du Suroît.

En choisissant l’énergie éolienne, le Québec n’est pas uniquement allé chercher des kilowattheures supplémentaires. Il a diversifié ses approvisionnements avec une filière énergétique renouvelable qui représente l’avenir. Et surtout, il a créé une industrie qui a investi pour 10 milliards $ dans l’économie québécoise en créant des milliers d’emplois à Montréal et dans les régions, dans une période où les grands chantiers s’y faisaient rares.

Ce faisant, le Québec n’a pas laissé de côté son développement hydroélectrique. Au contraire. Alors que près 4000 MW d’énergie éolienne étaient mis en service, Hydro-Québec développait 5000 MW de projets hydroélectriques. C’est beaucoup, beaucoup plus d’électricité. Alors qu’il y ait des «surplus», soit, mais en faire porter la responsabilité à l’énergie éolienne, c’est faire preuve de mémoire sélective.

Rappelons que le virage éolien a non seulement permis au Québec de tourner le dos aux centrales thermiques, mais également à l’aventure nucléaire. Le Nouveau-Brunswick a vécu un cauchemar et de faramineux dépassements de coûts avec la réfection de la centrale Pointe Lepreau. Ce même virage permet d’offrir des alternatives à nos voisins ontariens aux prises avec le même genre d’enjeux.

Est-ce que l’énergie éolienne était la seule option? Sans doute pas, mais c’était certainement la meilleure. Eussions-nous choisi le gaz, le charbon ou le nucléaire, la Vérificatrice générale aurait peut-être écrit le même rapport. Cela aurait été nécessairement plus cher que l’énergie issue du bloc patrimonial.

Ce bloc patrimonial est un approvisionnement rendu possible par les centrales hydroélectriques mises en service avant 1990 et par un avantageux contrat d’approvisionnement avec nos voisins du Labrador de 30 TWh au prix de 0,25 ¢/kWh jusqu’en 2041. Cet héritage est la raison pour laquelle nos tarifs d’électricité sont si bas. Toutefois, laisser sous-entendre que toute la production hydraulique du Québec est produite à ce prix est un syllogisme : Sainte-Marguerite 3, Rapide-des-Cœurs, Chute-Allard et la Romaine sont autant de centrales qui ont un coût de production considérablement plus élevé. Et encore, difficile de savoir ce que ces coûts incluent exactement.

Les derniers contrats éoliens octroyés au Québec, en 2014, l’ont été à un coût inférieur au plus récent projet hydroélectrique : 6,3 ¢/kWh. Les coûts de l’éolien continuent de baisser depuis avec les améliorations technologiques. Ce n’est pas pour rien que l’éolien est ce qui est le plus mis en service au Canada depuis plus de dix ans. Hydro-Québec en est la première consciente puisqu’elle envisage cette technologie pour ses prochains approvisionnements. 

Le Québec s’est doté d’une stratégie énergétique qui vise à réduire de 40 % la consommation de produits pétroliers et à annihiler la consommation de charbon sur son territoire. L’électricité disponible doit être rapidement mise à contribution pour faire cette substitution. 

Alors, allons-y, diversifions notre économie, électrifions, exportons! Pour atteindre nos objectifs de décarbonatation, pour aider nos voisins à atteindre les leurs et pour continuer à développer notre économie vers de nouveaux secteurs porteurs. Maximisons la valeur de nos partenariats et de notre diversité. Entre l’énergie éolienne et l’hydroélectricité, mais aussi, bientôt, avec l’énergie solaire et des solutions de stockage. 

Au-delà d’un bilan partiel, regardons plutôt l’ensemble de l’histoire. Elle est bien plus inclusive, rassembleuse et porteuse d’avenir.

Frédéric Côté, directeur général, Nergica

Jean-François Nolet, vice-président, Association canadienne de l’énergie éolienne (CanWEA)

Jean-François Samray, président-directeur général, Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER)