À court terme, l’église Saint-Charles de Limoilou réclame des interventions ponctuelles et urgentes qu’imposent les rigueurs de nos saisons. Depuis des lustres, elle n’a pas été l’objet de réparations et d’entretiens pourtant nécessaires.

L’église Saint-Charles de Limoilou appelle à l’aide

Fermée et désacralisée depuis 2012, l’église Saint-Charles de Limoilou attend toujours sa requalification pour un usage public dans le respect de la valeur architecturale et artistique du monument.

Depuis trois ans, l’organisme Espaces d’initiatives travaille activement à réunir les partenaires qui pourront redonner vie à cet édifice emblématique du quartier Limoilou. Il fait appel à des firmes de professionnels, des architectes et des ingénieurs pour réaliser le carnet de santé et sonder les murs et les fondations. Le but, à moyen terme, est d’ouvrir cette église à tous ceux et celles souhaitant travailler à trouver des solutions aux enjeux sociaux actuels afin d’en faire, à nouveau, un lieu de rencontres et d’activités accessible à tous.

Toutefois, à court terme, l’église Saint-Charles réclame des interventions ponctuelles et urgentes qu’imposent les rigueurs de nos saisons. Depuis des lustres, l’église n’a pas été l’objet de réparations et d’entretiens pourtant nécessaires. Les pigeons ont envahi les combles et dégradent la voûte qui menace de crever sous le poids des fientes accumulées au fil des années. Des carreaux cassés exposent aux intempéries les très beaux vitraux de Bernard Leonard et de Guido Nincheri. Les tableaux du chemin de croix du peintre alsacien Martin Feuerstein souffrent du froid et de l’humidité qui règnent dans l’église, forcément très peu chauffée en hiver. Il en va de même des boiseries sculptées et autres œuvres d’art du décor de l’édifice. Quant aux clochers, on voit la rouille les ronger peu à peu. Il faut rapidement stabiliser ces dégradations en cours.

Un tel monument renferme le patrimoine religieux et culturel de toute une époque, mais il demeure la propriété des fabriques paroissiales. Pour celles-ci, les églises excédentaires représentent un passif dispendieux qu’elles peinent à entretenir. Elles n’interviennent qu’en cas de sécurité publique. Par exemple, en juin dernier, on a préféré retirer les croix des clochers plutôt que de les solidifier. On comprend que leur priorité va davantage à la pastorale qu’à la préservation du patrimoine religieux et culturel dont elles sont pourtant les dépositaires. Quant à la Ville de Québec et au gouvernement du Québec, malgré leur intérêt avoué pour les huit églises reconnues au palmarès patrimonial du territoire de la capitale nationale, ils ne sont pas propriétaires des lieux, ce qui restreint grandement leurs possibilités d’intervention.

Il y a quelques mois, le comité de travail présidé par John Porter a proposé des solutions intéressantes à ce problème, soit la création d’une fiducie ayant les moyens d’intervenir pour la sauvegarde et l’intégrité de monuments patrimoniaux comme l’église Saint-Charles. À la suite du dépôt de ce rapport, la Ville de Québec a invité l’Archidiocèse à investir dans cette fiducie. Par exemple, les profits de la vente des églises par les fabriques, comme l’église Saint-François d’Assise, pourraient aller dans cette fiducie qui permettrait de mettre en valeur les églises restantes. La Ville de Québec et le ministère de la Culture et des Communications ont déjà annoncé, chacun, un investissement de 15 millions $.

Or, on ne semble pas pressé d’agir pour donner une suite concrète aux recommandations du rapport Porter et, pendant ce temps, nos églises patrimoniales se dégradent. Des actions urgentes s’imposent pour préserver notre patrimoine religieux et culturel et éviter des frais considérables de restauration qui auront été causés par la négligence et l’incurie.

Gilles Gallichan, Au nom de la Société historique de Limoilou