François Legault

Legault dit n’importe quoi sur l’immigration

Le chef de la Coalition avenir Québec affirme vouloir réduire les volumes d’immigration au Québec de quelque 52 000 à 40 000 immigrants dès 2019.

Il faut bien le dire, François Legault dit de nouveau n’importe quoi en matière d’immigration.

Il est en effet impossible de réduire le nombre d’immigrants dès 2019 puisque les admissions sur le territoire québécois durant cette année 2019 découleront de la sélection réalisée principalement au cours des trois années précédentes. Ainsi, les immigrants admis sur le territoire québécois en 2019 résulteront, pour l’essentiel, de la sélection québécoise réalisée principalement en 2016, 2017 et 2018.

Donc, pour l’année 2019, c’est déjà joué en termes d’admissions d’immigrants sur le sol québécois. Il est impossible d’en réduire le nombre puisque tout est déjà «canné» grâce à la sélection des années précédentes.

Il en est ainsi parce qu’une fois en possession d’un certificat de sélection du Québec (CSQ), le candidat à l’immigration peut attendre jusqu’à près de trois ans (durée de validité du CSQ) avant de demander un visa de résidence permanente à Immigration Canada. De plus, le délai de traitement par Immigration Canada de cette demande peut varier considérablement selon le pays de résidence du candidat. Sans compter que le candidat en possession d’un visa de résidence permanente dispose le plus souvent de plusieurs mois pour utiliser ce visa, avant sa date de péremption, pour entrer au Canada et faire valider celui-ci.

Tout ce que pourra faire Legault ce sera de réduire la sélection québécoise à compter de 2019, mais cela ne pourra avoir de plein impact que quelque trois années plus tard pour les raisons évoquées plus haut, soit la dernière année de son mandat gouvernemental.

Par ailleurs, il faut demander à François Legault dans quelle catégorie il commencera par réduire l’immigration :

  • Celle des réfugiés?

Difficile, car, selon l’Accord-Canada-Québec de 1991, le Québec doit prendre sa juste part de cette catégorie d’immigration, alors qu’il ne contrôle pas l’examen des demandes d’asile.

  • Celle du regroupement familial?

Improbable, car cela voudrait dire que François Legault est prêt à décevoir des immigrants résidents déjà établis au Canada, lesquels pouvant attendre un conjoint, une conjointe, un père, une mère, un fils, une fille, etc.

  • Celle de l’immigration économique?

Invraisemblable, car cela voudrait dire que Legault est prêt à diminuer le volume de la sélection des immigrants Investisseurs en valeurs mobilières et ainsi priver Investissement Québec de dépôts substantiels et, par conséquent, des PME de prêts à taux réduits.

Ou encore cela voudrait dire que François Legault serait prêt à réduire le volume de la sélection de travailleurs qualifiés, privant ainsi les entreprises québécoises de travailleurs qualifiés. Sans compter que c’est surtout chez les travailleurs qualifiés que se recrute la proportion la plus élevée d’immigrants connaissant le français à leur arrivée au Québec.

Par ailleurs, réduire les volumes d’immigration de quelque 10 000-12 000 immigrants par année, c’est ramener la part de l’immigration québécoise dans l’immigration canadienne de quelque 19 % à quelque 15 % (ce qui n’est pas du tout conforme avec l’esprit, sinon la lettre, de l’Accord Canada-Québec de 1991), alors que la part de la population québécoise dans la population canadienne avoisine les 23 %.

À terme, cela aurait des conséquences sensibles sur le poids démographique du Québec dans la population canadienne, son poids parlementaire et politique dans la fédération, de même que sur les montants de péréquation versés au Québec.

Oui, François Legault dit n’importe quoi quand il cause d’immigration. Et cela ne se limite pas à cela!

Pierre Rivard, ex-conseiller en immigration
Sherbrooke