Les études soulignent que la majorité des femmes dans l’industrie du sexe souhaitent en sortir, mais les obstacles sont nombreux (employabilité, pauvreté, dettes, peur du proxénète, perte du réseau familial et amical).

Légalisation hypocrite de l’exploitation sexuelle

Lors de leur plus récent congrès, les membres du Parti libéral du Canada ont voté une résolution en faveur de la légalisation de la prostitution. Sans consulter les groupes de femmes qui ont été victimes d’exploitation sexuelle. Et sans un bilan documenté de la loi actuelle. La formulation de la résolution fait croire à une mesure progressiste, visant la sécurité des femmes, en insistant sur la dimension consensuelle du commerce du sexe.

Toutefois, elle se base sur une analyse partielle, une vision déformée de la réalité et ne tient pas compte de la grande majorité des femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution : celles qui, si elles le pouvaient, quitteraient cette industrie.

Les études soulignent que la majorité des femmes dans l’industrie du sexe souhaitent en sortir, qu’elles y soient entrées par choix ou non. Ce dont elles ont besoin, c’est d’options réelles pour quitter cette industrie. Ce qui manque à la loi actuelle, ce sont des stratégies efficaces pour aider les femmes à quitter l’industrie, pas de faciliter la voie aux acheteurs et exploiteurs. Une légalisation, hypocritement appelée décriminalisation par les libéraux, ne profiterait qu’aux acheteurs et aux proxénètes.

Insister sur la prostitution consensuelle nie une réalité dont parlent beaucoup de femmes qui ont réussi à quitter l’industrie : le consentement se négocie et s’achète. Plusieurs femmes mineures, par exemple, entrent dans l’industrie de plein gré, mais sous le couvert de fausses prémisses. Pour plusieurs autres femmes, la prostitution est un «choix» en l’absence d’autres choix. Et lorsque les femmes décident de partir, les obstacles sont tellement nombreux (employabilité, pauvreté, dettes, peur du proxénète, stigmatisation, perte du réseau familial et amical) que plusieurs «choisissent» de rester.

La légalisation entraîne notamment la normalisation et la banalisation de la prostitution et avec elles, une hausse de la consommation du sexe tarifé. Quant aux proxénètes, ils deviennent des entrepreneurs comme les autres, avec pignon sur rue et déductions fiscales. Après avoir vu, à travers l’excellente série télévisée Fugueuse, que les proxénètes trouvent toujours de nouvelles façons de recruter des femmes, voulons-nous vraiment faciliter davantage leur commerce?

L’expérience des pays où la prostitution est légale démontre que cette approche entraîne une prolifération de lieux liés à l’industrie du sexe ainsi qu’une augmentation des activités périphériques à la prostitution (gangs de rue, drogue, violence). Tout comme il est démontré qu’elle génère une augmentation du trafic de mineures et de femmes sans permis de travail afin de répondre à cette augmentation de la demande. Les libéraux veulent-ils vraiment cautionner une pratique qui entraîne chez une majorité de femmes un syndrome de stress post-traumatique et une espérance de vie  40% inférieure à celle du reste de la population?

Les femmes qui offrent des services sexuels ne sont plus criminalisées au Canada. Elles peuvent vendre des services sexuels sans craindre d’être arrêtées, sauf si elles le font près d’une école, un reste d’illégalité que nous avons toujours dénoncé. Elles peuvent recourir à la police en toute impunité si des clients sont violents ou si elles désirent échapper à ce milieu de violence. Invoquer une amélioration de leur sécurité par la légalisation est un argument fallacieux. La dangerosité de cette pratique est liée à son fondement. Les meurtres de femmes prostituées sont loin d’avoir diminué en Allemagne et aux Pays-Bas et des pratiques toujours plus déshumanisantes sont offertes, par la naissance d’un important marché noir, pour contrer les pratiques légales de prostitution.

Non seulement le gouvernement de Justin Trudeau refuse de signer le décret du projet de loi modifiant le Code criminel en matière d’exploitation et de traite de personnes, qu’il appuyait pourtant quand il était dans l’opposition, mais son parti envisage de banaliser la plus vieille exploitation du monde. Le féminisme du premier ministre nous a l’air très perméable aux pressions de l’industrie du sexe qui, elle, se cache sous des arguments faussement intéressés. Ce qui est progressiste, pour nous, c’est de travailler à construire un monde sans prostitution, et ce, aux côtés des femmes qui ont survécu à cette pratique sexiste, raciste et colonialiste.

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS)