L’éducation après 16 ans

ÉDITORIAL / Les candidats diront probablement durant la présente campagne électorale que l’éducation est une priorité. Avec les besoins criants de main-d’œuvre qualifiée que connaît le Québec et la nécessité d’accroître sa productivité, les propositions des partis politiques devront toutefois dépasser les écoles primaires et secondaires.

En 2017, 44 % des emplois vacants au Québec exigeaient un diplôme postsecondaire. D’ici 2024, 76 % des emplois créés requerront une formation collégiale et universitaire.

C’est donc sur tout le continuum, de la petite école à l’université en passant par les cégeps, que le Québec doit redoubler d’efforts et mettre en place des pratiques qui assureront que plus de jeunes décrocheront des diplômes et que plus d’adultes en emploi auront accès à de la formation continue digne de ce nom.

On déplore souvent, et avec raison, le taux de décrochage des élèves québécois. Seulement 64 % des 15-18 ans obtiennent un diplôme d’études secondaires. On parle moins cependant du décrochage dans les universités. Et pourtant, plus de 20 % des personnes inscrites ne se rendent pas à la collation des grades. On se soucie peu aussi que moins de 70 % des jeunes passent directement du secondaire au cégep.

Un Québec confronté au vieillissement de sa population et à des pénuries de main-d’œuvre, ne peut se permettre de perdre des joueurs en chemin de l’école secondaire à l’université.

Cette semaine, dans son bilan économique de 2017, la Communauté métropolitaine de Montréal indiquait que la sous-scolarisation mine la croissance de la productivité. Elle rappelle aussi que Montréal et Québec continuent d’avoir un taux de grades universitaires inférieur à celui de la moyenne des métropoles américaines.

Le Québec doit veiller à rattraper ce retard et mener de plus en plus de gens à la fin d’un parcours postsecondaire.

Le prochain gouvernement doit sortir de la torpeur du printemps érable de 2012 et ne plus craindre de mettre l’enseignement supérieur en avant-plan.

Un autre défi est celui de la formation continue. Ici, le gouvernement, les entreprises, les établissements d’enseignement et les individus sont interpellés. On ne peut plus fonctionner comme si la formation et les compétences données et acquises dans le cadre d’un DEC ou d’un bac n’avaient pas besoin d’actualisation.

Un grand coup de barre est requis. De nouvelles façons de faire doivent être mises en place. Encore là, pour permettre au Québec d’augmenter sa productivité, de demeurer compétitif, d’accroître la qualité de vie de ses citoyens et d’assurer son développement économique et social.

En entrevue au Soleil cette semaine, le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, a déploré que la culture de la formation et de la mise à jour des compétences ne soit pas suffisamment implantée au Québec.

Il se désole aussi que les cégeps et les universités ne dispensent que seulement 20 % de la formation continue. Si on veut que les travailleurs suivent la cadence, il faudrait en effet s’assurer que la formation reçue en emploi soit qualifiante et transférable.

Selon la Fédération des cégeps, la quatrième révolution industrielle et le numérique commandent que le Québec fasse de l’éducation son grand projet de société, comme ce fut dans les années 60 à la suite du rapport Parent.

Les diverses formations politiques seront-elles au rendez-vous?

Les premiers jours de la campagne, l’attention a principalement été portée sur les parents dont les enfants fréquentent les écoles primaires, sur les aînés en centres d’hébergement de soins de longue durée et sur qui pourrait occuper la fonction de ministre de la Santé dans le prochain gouvernement.

Si les cégeps et les universités sont oubliés d’ici le 1er octobre, il faudra s’en inquiéter.