L’écologie et l’éco-anxiété

POINT DE VUE / Nous assistons aujourd’hui à une très grande sensibilisation de la population aux problèmes climatiques. À juste titre, le réchauffement et les variations climatiques sont des préoccupations importantes, majeures et totalement justifiées. Toutefois, un nouveau phénomène plutôt préoccupant commence à émerger, soit la radicalisation des manifestants. À prime abord, la radicalisation des individus fait peur, car elle suggère que des comportements et des messages extrémistes se manifesteront à court ou moyen terme. La jeune Greta Thunberg invectivant les représentants de la planète lors de son passage à l’ONU en est un bel exemple. Mais pourquoi en sommes-nous rendus là?

Pour plusieurs, la réponse est simple: nous sommes à ce point en colère parce que les dirigeants ne bougent toujours pas. Mais n’y aurait-il pas d’autres raisons? Certainement. D’un point de vue psychologique, cette radicalisation des individus est d’abord et avant tout liée à la forte anxiété que génère la situation climatique. Déjà, les spécialistes notent une augmentation significative de troubles anxieux «d’éco-anxiété». Un trouble qui implique des sensations persistantes et chroniques d’anxiété liées à des anticipations négatives et des appréhensions de catastrophes climatiques qui rendent très inquiets, voire obsessionnels. Et comme tous les troubles anxieux, les individus aux prises avec l’éco-anxiété ont énormément de difficulté à contrôler leurs préoccupations. Ils peuvent également en être affectés sur le plan physique en démontrant de plus en plus d’agitation, de nervosité, de fatigue, d’irritabilité et même des troubles de concentration. Chez certains, l’anxiété perturbe même les occupations quotidiennes telles les études, le travail et la vie sociale.

La radicalisation

Il est tout à fait normal et même très nécessaire d’être concernés par l’environnement, car il est de plus en plus clair que des mesures considérables doivent être mises en place pour changer nos habitudes de consommation. Il est aussi évident que si rien n’est fait, la situation ne se réglera pas par elle-même, elle risque d’empirer. Toutefois, il est tout aussi clair que rien de positif ne peut émaner d’une approche radicale et extrémiste. Au contraire, plus nous abordons une situation en adoptant une position radicale, moins nous nous prédisposons à être efficace dans la résolution du problème. 

En fait, sur le plan psychologique, l’extrême peur qui accompagne la radicalisation face au problème climatique implique des réactions telles que l’individu a l’impression qu’il est en danger de mort imminente ou que de son intégrité physique est gravement menacée à très court terme. Cette détresse intense a même des répercussions sur les capacités d’analyse et d’interprétation des événements. 

Bref, plus le phénomène me fait peur, plus je le perçois comme dangereux. Or, dans ce contexte ce n’est plus le phénomène climatique qui est l’enjeu du problème, mais bien la peur irrationnelle et envahissante de l’individu face à ce phénomène. Il est aussi noté dans la littérature qu’une telle peur peut entraîner un pessimisme (perception d’un avenir sombre et menaçant), un sentiment de présage (croyance que l’on détient la capacité de prévoir les futurs événements malheureux) et un «détachement d’autrui», c’est-à-dire une incapacité à être en contact avec l’autre et bien sûr avec ses propos ou argumentaires. Trois conditions qui prédisposent à des comportements destructeurs, radicaux et impulsifs.

En conclusion, même si l’urgence climatique est à nos portes, rien ne sert de «catastrophiser» les conséquences d’une telle situation. Une implication de masse doit effectivement être mobilisée partout sur la planète afin de sensibiliser l’humanité à la réalité. Toutefois, les esprits ne doivent pas sombrer dans l’irrationnel, car en développant l’éco-anxiété des manifestants par des discours alarmistes, pessimistes et radicaux, nous ne contribuons qu’à affaiblir notre plein pouvoir d’action et de changement. Des solutions existent et elles se trouvent toujours dans l’équilibre des positions, quelque part très loin de l’inaction et également très loin du fanatisme.