L’école à tout faire

ÉDITORIAL / C’est un leurre de penser qu’il suffirait d’interdire l’utilisation des cellulaires dans les classes, voire dans les écoles, pour que des ados ne se retrouvent plus dans des histoires de sextage et de pornographie juvénile. Encore une fois, c’est le réflexe de «garrocher» un problème dans la cour des écoles en espérant y trouver une solution facile.

Six adolescents de 12 et 13 ans, fréquentant le Séminaire des Pères Maristes à Québec, ont été arrêtés par la police de Québec. Ils pourraient faire face à des accusations de possession et de distribution de pornographie juvénile. Ils ont fait circuler les photos intimes de filles mineures.

L’établissement privé n’est pas le premier à être ébranlé par un tel évènement qui perturbe et déconcerte les élèves, les parents, le personnel, et alerte l’ensemble de la société. D’autres écoles ont été confrontées à cette réalité ces dernières années.

Sur le territoire de  la grande région de Québec, une vingtaine de dossiers ont été ouverts par les policiers en 2016. Le nombre a doublé en trois ans. Signe que le phénomène, qui peut faire bien des ravages dans la vie d’une jeune fille ou d’un jeune garçon, est en hausse ou que plus de gens se tournent vers la police pour enrayer le problème?

Étant donné que des élèves sont impliqués, le ministre de l’Éducation a donc été interpellé cette semaine.  Compte-t-il interdire l’utilisation des téléphones cellulaires en classe et imiter la France?

Heureusement, Sébastien Proulx n’est pas tombé dans la facilité, n’a pas vu dans l’interdiction des cellulaires en classe la solution miracle au sextage et à la porno juvénile. «Ça fait partie de leur vie et de notre vie. Il faut apprendre à travailler avec ces appareils».

Éduquer, promouvoir un comportement responsable et respectueux demande bien sûr plus d’énergie, mais cela est plus porteur que l’interdiction qui forcerait enseignants, directeur et personnel de toute l’école à« jouer à la police » du cellulaire alors qu’il y a mieux à faire.

Les murs de l’école ne sont pas étanches. Ce que vivent et font les jeunes le soir et les fins de semaine teinte la vie et le climat dans l’école. Le ministère de l’Éducation aurait beau imposer de bannir les cellulaires des classes, cela ne ferait pas disparaître ce qui s’est passé à l’extérieur de l’école.

Cela ne veut pas dire pour autant que le milieu scolaire n’a rien à faire pour éviter que des élèves se retrouvent dans des situations embarrassantes à cause de photos coquines, fassent l’objet de chantage ou doivent répondre de leurs actes devant la justice.

Bien des informations peuvent être transmises à l’école pour compléter l’éducation et les conseils donnés par les parents à la maison.

Déjà, et c’est le cas au Séminaire des Pères Maristes, de la formation sur le phénomène du sextage est dispensée dans des milieux scolaires. Des services de police et des organismes  se déplacent en classe pour sensibiliser les jeunes et les prévenir des dangers et des conséquences du sextage.

Mais, ces ressources externes ne sont pas à l’école tous les jours. D’où l’importance que le personnel des écoles soit bien formé et outillé pour intervenir, pour diriger les élèves et les parents vers les policiers ou vers d’autres ressources si des cas sont portés à leur attention.

D’où l’importance aussi que le retour de l’éducation à la sexualité à l’école se déroule dans les meilleures conditions. Le ministre Proulx maintient toujours l’échéancier de la prochaine rentrée, mais des syndicats d’enseignants, ainsi que des directions d’école, doutent que la formation soit complétée à temps. Ça, c’est vraiment dans la cour des écoles et du ministère de l’Éducation.