Le crucifix de l’Assemblée nationale

Le «vivre ensemble», comment et par où commencer?

POINT DE VUE / Serais-je seul à penser de cette façon? On est tous en faveur du «vivre ensemble». Oui bien sûr. Mais comment? Et par où commencer?

Les acteurs politiques discutent, s’affrontent, puis tranchent dans le vif. Souvent douloureusement. Les intellectuels écrivent. Parfois des textes interminables de subtilités. Les uns prouvant une chose et les autres le contraire. Bien difficile d’y trouver la voie du «vivre ensemble».

Une inquiétude me trotte dans la tête et je vous en fais part. Celle du silence des leaders religieux et culturels. Je reprendrai donc une suggestion faite il y a une dizaine d’années dans une lettre ouverte aux autorités catholiques : «Pourquoi ne pas prendre l’initiative de vous rendre (en procession solennelle par exemple) à l’Assemblée nationale, d’en retirer le crucifix et de le placer à l’abri de la controverse?» Et aux leaders d’autres confessions religieuses, je suggérerais d’encourager ouvertement la discrétion (comme le font déjà la plupart de leurs membres, dont juifs et musulmans) concernant l’affichage, sous certaines formes et en certains lieux, de symboles d’appartenance religieuse.

Loin de moi de vouloir blesser ou faire la leçon. Mes convictions (j’en suis venu à bien peu de certitudes) résultent d’un parcours long (début prochain d’une 85e année) et varié : entrée au couvent dès l’âge de 11 ans, adolescence très religieuse en préparation à la carrière d’enseignement, progressive distanciation de l’Église, mais pas des personnes ou de la culture et plusieurs années en pays à majorité bouddhique ou musulmane. J’allais oublier de vous dire qu’ont aussi nourri mon évolution des études en physique et en psychologie ainsi que l’apprentissage de plusieurs langues étrangères dont 10 000 heures consacrées à l’arabe. Partout des professeurs, confrères et amis pratiquant admirablement le «vivre ensemble».