Le tramway, un désastre?

En réaction à la lettre d’opinion «Tramways : un peu d’histoire» de Jean Breton, parue le 13 mars

Avant de déménager à Québec en 1967, j’ai eu l’occasion de voyager toute mon enfance dans les tramways de Montréal, où j’habitais, et même de conduire une automobile pendant quelques années sur les mêmes artères, parallèlement aux tramways, avant qu’ils ne soient remplacés par des autobus.

À Montréal, le réseau de tramways a déjà couvert 510 km de longueur et desservi un million de passagers par jour. Les deux voies ferrées aller et retour occupaient le centre de la rue et les tramways s’arrêtaient presque à chaque intersection pour prendre ou déposer des passagers qui devaient, dans chaque cas, traverser la rue, d’un côté ou de l’autre, pour s’y rendre.

Ils étaient bruyants même s’ils circulaient rarement à plus de 30km/h, recouverts de gadoue l’hiver et couverts d’une toile de fils électriques. En 1951, tout le réseau de tramways fut acheté par la Commission de Transport de Montréal et les tramways furent graduellement remplacés à grands frais par des autobus jusqu’en 1959, même s’ils n’étaient pas des tas de ferraille, parce qu’ils participaient à la congestion des rues. Ils n’avaient pas la flexibilité des bus et bloquaient la circulation (ces informations sont sur Internet).

Je me souviens que les automobiles devaient suivre les tramways quand elles devaient aller dans la même direction et que beaucoup d’automobilistes s’impatientaient, les doublaient à droite ou viraient sur la gauche, et que les passagers s’empressaient de traverser la rue, souvent sans s’occuper des véhicules qui s’en venaient, anxieux de ne pas le manquer, provoquant constamment des accidents et de nombreux arrêts de service. Je ne crois pas que le comportement humain ait changé.

On peut donc maintenant s’imaginer l’effet sur la circulation et le bruit pour les riverains des longues rames de tramway, pouvant transporter 260 passagers, qui circuleront à une vitesse de pointe de 70km/h au centre de la circulation, même protégée par une plateforme légèrement surélevée, alors que le nombre de véhicules de toutes sortes a plus que décuplé depuis sa disparition. Les rames seront non seulement moins flexibles, mais aussi plus difficiles à conduire et à arrêter soudainement. Avant d’investir au moins trois milliards de dollars dans ce projet plutôt qu’un métro, il faudrait réfléchir à ce que monsieur Giambrone, l’expert engagé pour installer un tramway à New York, nous dit : «Installer un tramway dans la circulation, c’est un désastre».

Jean Guilbault
Ex-conseiller municipal, district Laurentien