Jadis, le chemin de fer était synonyme de progrès et de développement industriel, mais ces jours-là sont bien loin, note l’auteur.

Le train de Charlevoix: une relique du passé

En réaction au Point de vue «Train de Charlevoix : la fête oubliée» de Bertrand Dion paru le 27 juillet

J’ai lu avec grand intérêt le texte de Bertrand Dion sur l’histoire importante que le chemin de fer de Charlevoix a eu dans le passé. Bien que je sois d’accord avec lui sur les faits historiques, je ne partage certes pas ses conclusions, notamment en ce qui a trait à la conversion de la ligne ferroviaire en piste cyclable.

Jadis, le chemin de fer était synonyme de progrès et de développement industriel, mais ces jours-là sont bien loin. Très peu d’industries subsistent dans la région et l’exploitation des forêts ici n’est qu’un vague souvenir. Finis les jours de Menaud et de la drave sur la rivière Malbaie. Maintenant la région vit au rythme du tourisme. Est-ce que le train de Charlevoix et son famélique nombre de passagers contribuent à cette réalité? Pas vraiment.

Prenons comme exemple le Petit Train du Nord, un autre vestige ferroviaire québécois. Converti en 1996 en piste cyclable reliant Laval à Mont-Laurier, cette conversion a grandement favorisé la renaissance de certains villages. Depuis, des centaines de milliers de cyclistes, coureurs et marcheurs parcourent des tronçons du parc linéaire. Des villages ont été revitalisés par l’ouverture de cafés, restaurants et magasins le long du trajet de 230 km.

Imaginons maintenant que les rails qui longent le Saint-Laurent de Québec à La Malbaie soient convertis en piste cyclable. Ce parcours serait spectaculaire et attirerait des visiteurs de partout dans le monde. Je suis convaincu qu’en cinq ans, le nombre de visiteurs empruntant ce parcours dépasserait les 200 000 annuellement. Ce trajet ferait l’envie de l’ensemble du Québec, voire du Canada. Il serait unique en Amérique du Nord.

Tous les villages profiteraient de la manne. Les cyclistes feraient des arrêts dans les villages, de Cap-Tourmente à Pointe-au-Pic, en passant par Petite-Rivière-Saint-François, Baie-Saint-Paul, Saint-Joseph-de-la-Rive et Saint-Irénée. Ce flux touristique persisterait à l’année, car l’hiver on pourrait utiliser le tracé pour des sports d’hiver, quitte à l’utiliser comme piste de motoneige.

Hystérie pseudo-écologiste? Non, c’est une vision actuelle de la société québécoise. Les touristes ne veulent pas juste voir de beaux paysages assis dans un véhicule, ils veulent bouger. Ils veulent être actifs. Ceci s’applique aussi aux familles. Une piste cyclable reliant Québec à La Malbaie est le seul avenir logique, économiquement viable et vecteur de développement régional. Malheureusement, nos élus locaux semblent partager votre point de vue, M. Dion, et continuent de financer ce projet non rentable, souvenir d’une époque révolue.

Bien qu’il soit triste de voir disparaître des ouvrages de notre histoire, mieux vaut les voir se métamorphoser que de les voir mourir à petit feu et ne plus servir à rien.