L'auteur de cette lettre d'opinion se demande pourquoi ne pas tenir les échanges entre les participants du G7 par visioconférence HD et assurer le dialogue par internet plutôt que de tenir l'événement dans des endroits comme Charlevoix (photo).

Le spectacle inutile et coûteux du G7

Ne vous trompez pas, vous qui déambulez aujourd’hui dans les rues du Vieux-Québec et sifflotez en écho au bruit rassurant des calèches dans le soleil printanier, vous l’aurez encore la grand-messe cyclique des frères guerriers du G7. Gaz lacrymogènes, matraques et vitrines fracassées garantis. Non pas dans la poussière de Kaboul, mais ici, à la porte de votre maison déjà fleurie ou de votre commerce tout juste rénové.

G7, G8, G20. G pour guerre, guerre économique ou altermondialiste derrière les embrassades trompeuses des grands de ce nouveau monde global, guerre de perturbateurs professionnels, se nourrissant d’escarmouches enfumées, pâtures désolantes des réseaux médiatiques mondiaux, complices d’un spectacle inutile et coûteux.

Bien sûr, dans la forteresse de La Malbaie se tiendront des pourparlers entre les chefs d’État et l’élite onusienne, mais pour l’essentiel, ministres, sherpas et chargés de mission ont déjà dressé la table. Pourquoi alors ne pas tenir ces échanges «fraternels» du cénacle capitaliste par visioconférence HD et assurer le dialogue par la Toile? On réduirait ainsi non seulement les déplacements et les coûts, mais aussi les gaz, autant les gaz à effet de serre que les gaz lacrymogènes. Non, le cœur du Sommet, c’est le spectacle planétaire des grandes puissances en démonstration de force urbi et orbi et qui se protègent des casseurs à coup de milliards $. Pris au piège entre deux feux, le citoyen lambda n’a qu’à se terrer et payer.

Il sera à coup sûr très coûteux, ce «vaste» programme d’échanges du G7 2018 : croissance, égalité des sexes, sécurité entre autres. Encore une fois, on nous vend une gestation de résultats cruciaux, de décisions lourdes de retombées positives. Rien n’est moins certain. Le prix à payer cependant, en espèces trébuchantes et sanglantes, est exorbitant. «La majorité des coûts sont liés à la sécurité » précise Peter Boehm, sherpa du Canada. On parle déjà d’un budget de 605 millions $ étendus sur deux années fiscales. Attendons l’addition. 

Le G20 de Toronto 2010 a coûté un milliard $, dont 900 millions uniquement en sécurité. Celui de Hambourg l’an passé a mobilisé 20 000 policiers, en a blessé 150 en deux jours. «Le dispositif sécuritaire sera cependant très minime» cette fois-ci, nous annonce le chef de police de Québec Robert Pigeon (Le Soleil, 17 mai 2018). C’est que, d’après lui, les autorités ne cherchent pas à stimuler l’imaginaire contestataire. Ah bon! Étonnant, alors que l’on sait qu’une prison temporaire sera érigée à Clermont, que des places à la prison d’Orsainville et de Roberval seront aussi libérées, que des détenus seront déplacés vers d’autres centres de détention (ministère de la Sécurité publique). Par ailleurs, certaines journées en juin ont été réservées dans les palais de justice du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour faire face à des arrestations massives.

Pourquoi cet autre tsunami dans notre belle ville? Pourquoi soumettre une population à une funeste dramaturgie qui bouleverse une communauté qui n’a rien demandé? Le bingo du G7, non merci!

Moi, en juin, je m’ennuierai de la cadence tranquille des sabots de cheval dans la ruelle Charlevoix.

Romain Gagné, Québec