«Ne pas payer pour le service reçu est une action à courte vue. Rien au fond n’est gratuit. Quelqu’un doit payer et quelqu’un paiera. Tout de suite ou plus tard, mais il paiera», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Le service dû et payé et le service reçu et non payé

POINT DE VUE / Le sujet n’a pas été soulevé ce matin dans nos quotidiens par Isabelle Gaboriault et Mylène Moisan. Il date, mais ce matin, il a suscité une réflexion de ma part. Car il fait l’objet de débats plus larges que le strict droit d’auteur des organisations et des personnes qui créent le contenu des journaux ou des revues.

C’est le même grand sujet qui est actuellement débattu à la réunion du G7 sur le juste paiement des taxes ou impôts sur les revenus que produisent les grandes organisations offrant des services informatiques.

Il y a ce qui est dû et que l’on paie et il y a le service reçu et pour lequel on ne reçoit pas de facture de la part du producteur de ce service et que l’on paie ou pas... mais qu’on devra payer un jour.

J’ai toujours pensé qu’il fallait payer le service reçu. Voilà pourquoi je me suis fait un devoir d’être abonné à tous les journaux pour m’assurer qu’ils peuvent poursuivre leur mission. Mon père était abonné à tous les journaux de la ville en plus du Devoir. J’ai suivi son exemple et j’ai longtemps été abonné au Devoir (jusqu’à ma retraite), mais je suis toujours abonné au Journal de Québec, au Soleil et je fus abonné à La Presse jusqu’à ce qu’elle m’abandonne en abandonnant son édition papier.

Je fais de même pour les musées de ma ville auxquels je suis abonné en tout temps, de même pour le théâtre, de même pour les diffuseurs de spectacles de danse. J’achète l’abonnement, quitte à offrir les billets des spectacles auxquels je ne peux assister à des gens autour de moi. Car s’il n’y a pas un minimum de personnes payant des abonnements, plusieurs de ces établissements pourraient disparaître.

Si je veux continuer à avoir accès à des expositions d’envergure, à du théâtre de qualité, à des spectacles de danse d’envergure mondiale, à de l’information fouillée et crédible, je me dois de payer pour le service reçu et non seulement pour le service dû. Le service reçu est l’infrastructure nécessaire à la production, au-delà du prix payé pour un événement en particulier.

On peut comparer cela avec les services locaux d’un petit village : si les gens veulent continuer d’avoir le petit salon de coiffure, le dépanneur, la station d’essence au coin de la rue, ils doivent les encourager et non pas aller faire leurs achats à la ville voisine pour sauver quelques cents. Le même raisonnement s’applique aux grandes compagnies de services informatiques : si elles veulent continuer à faire des affaires dans tous les pays où elles peuvent trouver des clients avec un bon pouvoir d’achat leur permettant de se procurer leurs services, elles doivent contribuer aux paiements des infrastructures de ces pays pour continuer à y faire des affaires.

Ne pas payer pour le service reçu est une action à courte vue. Rien au fond n’est gratuit. Quelqu’un doit payer et quelqu’un paiera. Tout de suite ou plus tard, mais il paiera.