Même si l'ère numérique est lancée, plusieurs lecteurs veulent acheter leurs magazines pour le partager et ensuite le conserver.

Le salut des magazines n’est pas que numérique

Lettre à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly

Votre ministère a mené cette année des activités de consultation auprès du milieu des magazines en vue de renouveler le Fonds du Canada pour les périodiques (FCP). Doté d’un budget de 75 millions $, le FCP est essentiel au maintien de la qualité et de la pérennité des magazines. Ajoutons que de tous les secteurs de la culture canadienne, celui des magazines est, de loin, le moins subventionné.

Plusieurs magazines membres de la Table de concertation des médias de culture scientifique québécois ont participé à l’une ou l’autre des rencontres menées par vos fonctionnaires. Nous avons aussi eu plusieurs occasions de vous entendre parler de votre grand chantier culturel, que ce soit à la Chambre de commerce de Montréal ou dans les médias.

Concernant le volet des magazines, les informations reçues de vous et de votre ministère ont causé chez nous une certaine inquiétude que nous voulons partager avec vous et avec le public. Il s’agit de votre insistance sur la «transition numérique».

Nous reconnaissons avec vous que le public canadien utilise de plus en plus les outils numériques pour se divertir, s’informer, acheter produits et services, pour échanger avec famille et amis, etc. Cependant, l’arbre des nouveaux médias numériques ne doit pas nous cacher la forêt des autres médias!

Car le public des neuf magazines de culture scientifique de notre regroupement ne veut pas seulement avoir accès à des contenus sur écran, il tient d’abord à recevoir son magazine par la poste ou à l’acheter en kiosque pour le lire, le partager, le conserver. Savez-vous que les ventes des magazines Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium et de leurs hors-série ont atteint les 800 000 exemplaires en 2016, soit deux fois plus qu’il y a 10 ans? La situation des autres magazines de notre groupe est en légère croissance. Pourquoi? Tout simplement parce que nous répondons aux besoins des Canadiennes et Canadiens.

Votre ministère aide beaucoup nos magazines (sauf trois, qui ne sont pas éligibles) et nous vous en remercions chaleureusement. Sans votre Fonds du Canada pour les périodiques, deux des plus récents magazines de culture scientifique québécois n’auraient jamais vu le jour.

C’est pourquoi, dans votre refonte du programme, nous vous enjoignons de bien mesurer l’attachement des Canadiennes et Canadiens à leurs magazines tels qu’ils sont et de ne pas diminuer votre essentielle aide pour un mirage, tout numérique soit-il.

Nous ne nous opposons pas aux médias numériques. Plusieurs de nos magazines ont une version numérique et tous ont un site Web et interviennent sur les réseaux sociaux. Mais nos revenus, ils proviennent presque exclusivement de nos magazines papier.

Félix Maltais, coordonnateur, Table de concertation des médias de culture scientifique québécois

avec : Marie Lambert-Chan (Québec Science), Isabelle Vaillancourt (Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium), Maud Fillion (Quatre Temps), André St-Arnaud (Les Naturalistes), Pierre Hamel (Nature sauvage) Jean-Sébastien Guénette (QuébecOiseaux)