Pour l'auteur de la lettre, le retour du tramway à Québec ferait reculer la ville au niveau du transport en commun.

Le retour du tramway dans les rues de Québec: inconcevable

Les rues de la ville de Québec étaient sillonnées par un réseau de tramway sur rails il y a plus de 100 ans et jusqu’au cours des années 40, alors qu’il fut remplacé par un réseau d’autobus. Ce fut aussi le cas pour Montréal, qui l’a remplacé vers le milieu des années 50 par des autobus et 10 ans plus tard par l’addition d’un métro se rendant même jusqu’à Longueuil.

Je me souviens, comme si c’était hier, de l’effet étonnant et soudain de l’extraordinaire fluidité de la circulation sur les rues qui étaient desservies par des tramways lors de leurs disparitions et de l’émerveillement des Montréalais au moment de l’inauguration du métro de Montréal en 1967. Montréal s’est développée à une vitesse fulgurante depuis et personne n’a remis en cause ce choix de la Ville de Montréal de se doter d’un métro. Depuis lors, plusieurs lignes se sont ajoutées et madame Plante s’est même fait élire dernièrement avec la promesse d’une autre expansion. La ligne rose.

En même temps, on nous propose à Québec de revenir 100 ans en arrière avec un tramway comme base d’un réseau de transport en commun structurant! A-t-on au moins cherché à connaître les raisons pour lesquelles les réseaux de tramway de Québec et de Montréal avaient été éradiqués de nos rues à grands frais? Il y avait d’excellentes raisons pour le faire, mais on ne semble pas intéressé à les connaître.

Investir plus d’un milliard de dollars dans un réseau de tramway d’une trentaine de kilomètres qui compliquera davantage la mobilité urbaine, au moment où notre réseau de transport en commun est très déficient, voire inexistant dans plusieurs secteurs de la périphérie de la ville incluant la desserte de l’aéroport, qu’on n’améliore pas sous le prétexte que ce n’est pas rentable, est surprenant.

Que se passera-t-il si notre Ville décidait d’installer une première ligne de tramway? Elle devra enlever deux voies de circulation sur le boulevard Laurier jusque sur Grande Allée, ou sur René-Lévesque, ou sur le chemin Ste-Foy et la rue St-Jean, ou encore sur le boulevard Charest dans la direction est-ouest et sur les rues Dorchester ou de la Couronne dans la direction nord-sud avec toutes les conséquences que cela aura sur la fluidité de la circulation, sans oublier la fermeture nécessaire du tracé choisi, pendant quelques années, pour installer les infrastructures. A-t-on pensé un instant aux entreprises, aux commerçants et à notre industrie touristique qui seront tragiquement affectés par la diminution de leur clientèle pendant de longues périodes?

Advenant que la Ville décide de construire un tramway à grande vitesse avec seulement un point de départ, d’arrivée et quelques arrêts en cours de chemin, il faudra alors maintenir un réseau d’autobus en parallèle sur les mêmes voies. Où passeront donc alors les automobiles et les véhicules de service?

Par contre si le tramway remplace l’autobus, là où il passe, il devra s’arrêter à presque tous les coins de rue pour prendre la clientèle. Alors, qu’il soit situé au centre de la rue ou sur les côtés, les gens devront inévitablement traverser la rue pour le prendre, soit à l’aller soit au retour, avec les nombreux accidents engendrés par l’impatience des usagers et des automobilistes comme c’était le cas avant qu’ils soient mis hors d’usage à Montréal. Les tramways seront dans ce cas continuellement immobilisés pour desservir la clientèle et devront circuler à de faibles vitesses ainsi que tous les autres véhicules qui devront les suivre à la même vitesse. Fini les lumières synchronisées.

Qu’adviendra-t-il aussi à chaque fois qu’il y aura un accident sur une voie de tramway, pouvant aussi impliquer un tramway? Pendant combien d’heures à chaque fois notre réseau de transport en commun sera-t-il perturbé? Devrons-nous interdire les virages à gauche partout où circulera le tramway pour réduire les risques d’accident? Il le faudrait bien, mais c’est impensable.

Enfin, quels plaisirs auraient les citoyens à attendre un tramway l’hiver à des températures pouvant aller jusqu’à -35 avec le vent ou à enjamber des bancs de neiges, à moins que la Ville multiplie les abribus à 750 000$ sur tout le parcours? A-t-on pensé à notre population vieillissante et à mobilité réduite de plus en plus importante?

Le métro, seule option

Puisqu’on semble généralement convenir que la ville de Québec a besoin d’un réseau de transport en commun structurant, il faut donc penser à autre chose. On n‘a pas le choix. La seule alternative c’est un métro.

L’installation d’un métro éliminerait presque tous les désavantages d’un tramway à un coût égal ou même inférieur à moyen et à long terme tout en étant beaucoup plus convivial et facile à installer. Sa construction dans le roc ne serait pas problématique et la circulation serait beaucoup moins perturbée. En surface, il n’y aurait que les accès à construire et beaucoup moins d’expropriation à faire. Un métro est beaucoup plus rapide et confortable tout en permettant un meilleur tracé pour desservir une plus grande clientèle. À Montréal, il roule sur pneumatique alors qu’un tramway roule sur une voie ferrée avec des roues en métal. Les clients l’attendraient à l’abri des intempéries et du froid. Le cachet de notre ville ne serait pas modifié substantiellement alors que la fluidité de la circulation serait améliorée.

Puisque la construction d’un métro est toujours entièrement assumée par les gouvernements provincial et fédéral et que son entretien est normalement à la charge de l’agglomération, la Ville ferait des économies considérables si elle avait à gérer un réseau de métro plutôt qu’un réseau de tramway, puisque les infrastructures extérieures et les tramways se dégraderont rapidement au contact des intempéries, du froid, de la neige, du sel et du soleil, contrairement à celles d’un métro à l’abri. À titre d’exemple, les rames du métro de Montréal sont en cours de remplacement après plus de 45 ans d’usage. Pendant cette même période, combien de fois aurait-il été nécessaire de réparer les infrastructures et de remplacer les rames de tramways? Deux, trois fois?

La ville de Québec se développe rapidement et sera un jour une grande ville populeuse qui nécessitera un métro de toute façon. Entreprendre maintenant ce projet, 50 ans après Montréal, apparaît donc raisonnable, puisqu’on doit la densifier correctement et que bien d’autres villes de taille comparable ont déjà un métro ou en projettent un. Faut-il rappeler que la population de la Communauté Métropolitaine de Québec se situe maintenant autour d’un million de personnes?

Cessons d’être timide et de voir petit. Nos élus devraient se souvenir de la débandade spectaculaire du parti Démocratie Québec, l’automne dernier, dont la principale promesse électorale était justement de construire un tramway.

Jean Guilbault
Ex-conseiller municipal, district Laurentien