La rétention du personnel déjà en place constitue le plus grand des enjeux auxquels les dirigeants du primaire et du secondaire devront s’attarder rapidement.

Le recrutement: enjeu principal actuel dans le monde de l’éducation ?

POINT DE VUE / Alors que les statistiques se font de plus en plus claires (la pénurie de main-d’œuvre atteint des niveaux inégalés au Canada, et spécialement au Québec), le recrutement du personnel enseignant devient un élément central afin de maintenir des services de qualité dans les écoles primaires et secondaires. Et le personnel le plus facile à recruter est celui qui a déjà été engagé. C’est pourquoi le bien-être et la formation du personnel enseignant doivent se trouver au centre des préoccupations des décideurs du milieu scolaire.

Un article d’Alain Rochefort publié sur le site d’Ici RDI le 12 juin dernier fait état de chiffres aussi impressionnants que préoccupants. «Il y avait plus de 434 000 postes à pourvoir dans le secteur privé au pays au cours du premier trimestre 2019.» Et plus du quart de ces emplois à combler se retrouvaient au Québec. Le journaliste tire ces informations d’une étude publiée par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Cette réalité statistique se vérifie sur le terrain dans les écoles secondaires et primaires. Tant dans les commissions scolaires que dans les écoles privées, des difficultés à recruter des suppléants apparaissent dans toutes les régions. Le nombre de candidatures reçues à l’affichage d’un poste est en chute libre et les inscriptions dans les programmes universitaires de formation suivent la même tendance.

Les problèmes de recrutement ne se limitent pas qu’aux postes d’enseignantes et d’enseignants. La sonnette d’alarme a été tirée il y a déjà quelques années du côté des directions d’école, mais la réalité frappera de plein fouet lors de la prochaine rentrée scolaire si l’on se fie aux articles publiés depuis quelques mois dans les différents journaux faisant état d’un nombre important de départs à la retraite en cette fin d’année scolaire. Dans un article publié dans le Journal de Québec le 14 février dernier, Patrick Bellerose indique que «jusqu’à 15 % d’entre eux [membres de la direction] pourraient partir en juin prochain, en raison des nouvelles dispositions au régime de retraite.» Évidemment, ces nombreux départs à la retraite créent un effet domino qui amplifie le manque d’enseignantes et d’enseignants.

Il faut ajouter à cela les fortes diminutions d’inscriptions dans les programmes de formation universitaire en éducation, tant pour le secondaire que pour le primaire et le préscolaire. Dans un article publié par le magazine Affaires universitaires au printemps 2018, on précisait à quel point la situation est inquiétante : «Or, la grande majorité des universités connaissent une baisse du nombre d’inscriptions en éducation depuis cinq ans. Cela devrait se traduire par une baisse du nombre de diplômés dès 2020.» (Jean-­François Venne, 30 mai 2018)

Une des solutions : la formation et l’accompagnement

Le gouvernement du Québec a bien indiqué son intention de revaloriser la profession enseignante, mais ce n’est pas la première fois que de belles intentions sont formulées en ce sens. En attendant que les élus passent de la parole aux actes et que cette revalorisation se concrétise par des conditions de travail plus attrayantes, c’est aux cadres des différents établissements scolaires qu’incombe la responsabilité de trouver des solutions à la pénurie de personnel. L’une de ces solutions réside dans la rétention du personnel déjà en place. Il est plus que nécessaire de s’assurer que les enseignantes et enseignants actuellement en poste demeureront dans la profession. Il est beaucoup plus efficace et beaucoup moins dispendieux de former du personnel déjà en place que de déployer des efforts pour recruter du nouveau personnel pour le remplacer. Deux angles sont à privilégier : le soutien aux enseignantes et enseignants en difficulté et la formation générale des équipes-écoles.

Lorsqu’une enseignante ou un enseignant rencontre des difficultés de quelque nature que ce soit avec ses élèves (gestion de classe, résultats décevants, etc.), rarement ces difficultés seront-elles communiquées à la direction par crainte d’une évaluation négative qui compromettra le lien d’emploi. C’est donc un cercle vicieux dont il faut sortir, et rapidement. Il est primordial de trouver le moyen d’aider les éducateurs et éducatrices à traverser les obstacles qui se présentent et à en sortir grandis et plus performants. Un accompagnement individualisé par un professionnel extérieur au milieu peut parfois s’avérer la solution à privilégier. La notion d’évaluation étant évacuée, les difficultés peuvent alors être abordées franchement et les moyens pour y faire face deviennent ainsi plus aisément identifiables.

Il peut aussi se révéler très payant d’investir dans le bien-être de l’équipe-école. Des formations pratiques et offrant des outils concrets à des difficultés rencontrées au quotidien sont à privilégier, de même que des formations permettant de réfléchir en groupe aux réalités de la profession enseignante. Ce sont là des occasions non négligeables de renforcer le sentiment de compétence et l’esprit d’équipe.

Bien sûr, le recrutement est un enjeu de taille actuellement dans le monde de l’éducation comme dans tous les domaines. Il semble cependant que la rétention du personnel déjà en place constitue le plus grand des enjeux auxquels les dirigeants du primaire et du secondaire devront s’attarder rapidement.