Aux endroits où les premiers radars photo furent implantés lors d'un projet pilote en 2009, les vitesses moyennes avaient diminué d'environ 10 km/h l'année suivante.

Le radar photo, cet incompris...

ÉDITORIAL / Les réactions humaines sont parfois bien difficiles à déchiffrer. Quand une crapule patentée échappe à la justice parce que les délais pour son procès sont démesurément longs, tout le monde crie au scandale - avec raison, d'ailleurs. Mais qu'une femme qui s'est fait «pincer» par un radar photo à 140 km/h (!) dans une zone de 70 (!!) s'en tire parce que ses avocats ont trouvé un petit vice de procédure dans l'émission des contraventions, et tout le monde crie victoire. Cherchez l'erreur...
Lundi dernier, le juge de paix Serge Cimon, de la Cour du Québec, a exonéré une femme d'une amende de 1160 $ pour un grand excès de vitesse commis à Mont­réal parce qu'il estimait que la preuve recueillie était «invalide» et «illégale». L'infraction, qui a eu lieu en 2014, fut en effet relevée par un cinémomètre, mais le procès a démontré que l'agente de la paix qui a signé le constat n'était pas présente sur les lieux, n'avait pas elle-même assisté à la calibration de l'appareil et n'était pas qualifiée pour le faire de toute manière. Elle savait que le fabricant inspectait ses machines régulièrement et que des policiers se rendaient sur place chaque semaine pour en vérifier le bon fonctionnement, mais elle ignorait quels tests étaient menés.
À cause de cela, a tranché le magistrat, «l'attestation apposée par l'agente sur son rapport d'infraction s'appuie entièrement sur des informations recueillies et constatées par des tierces personnes [...si bien qu'il s'agit] d'une preuve par ouï-dire n'ayant aucune valeur probante».
À l'heure actuelle, le gouvernement n'a pas encore annoncé s'il en appellera de ce jugement, et nous ne nous aventurerons pas à prédire l'issue d'un éventuel appel. En droit, il faut le dire, le respect des procédures a une grande importance si l'on tient à ce que les procès soient équitables. Peut-être que la décision du juge Cimon tiendrait le coup jusqu'en Cour suprême si elle était contestée.
Mais elle n'en heurte pas moins le «gros bon sens». Il n'y a rien d'abusif à ce qu'un agent qui ne fait essentiellement que constater les mesures prises par une machine n'ait pas de formation technique. Pas plus qu'il n'est choquant ou déraisonnable que cette personne se fie au savoir du personnel envoyé par le fabricant et des policiers qui testent hebdomadairement les appareils.
Vraiment, se sauver d'une condamnation pour ce genre de raison, après avoir explosé une limite de vitesse par 70 km/h, nous semble complètement absurde. Il est à espérer que cette décision ne fera pas boule de neige et que le provincial fera ce qu'il faut pour que cela ne se reproduise plus.
Vrai, les radars photo sont très mal acceptés par une grande partie de la population, qui les voit comme des «pièges». Soit, il est bien possible que le gouvernement ait contribué à cette mauvaise réputation en plantant ses radars à des endroits qui ne figurent pas tous parmi les plus «accidentogènes».
Mais le principe de base de ces radars reste entièrement légitime : surveiller le respect des limites de vitesse et des feux rouges plus largement que les patrouilleurs seuls ne peuvent le faire. Et ça marche. Aux endroits où les premiers furent implantés lors d'un projet pilote en 2009, les vitesses moyennes avaient diminué d'environ 10 km/h l'année suivante; la part de conducteurs en infraction avait chuté, elle, de 63 %.
Dans la mesure où la présence possible des cinémomètres est clairement indiquée, ceux qui réclament leur retrait ne nous apparaissent pas plus convaincants qu'un cambrioleur qui plaiderait pour des coupes dans les services de police.