Lucien Lessard, l'auteur de cette lettre d'opinion, a été responsable de l’abolition des clubs privés des rivières à saumons.

Le Québec veut-il revenir aux clubs privés?

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement libéral tente de revenir aux clubs privés dans le Grand Nord.

Le 10 mars 2014, le ministre Sam Hamad soumettait dans la Gazette officielle du Québec un projet de modification des règlements de pêche dans la zone 23 dont le but était le même que celui qu’on tente de nous passer aujourd’hui, c’est-à-dire soumettre tous les pêcheurs du Québec aux mêmes obligations que les non-résidents, soit de devoir utiliser les services d’un pourvoyeur lorsqu’ils souhaitent pêcher le saumon ou toute autre espèce dans les rivières du Grand Nord.

Voici ce que j’écrivais alors dans les journaux et que je ne peux que répéter aujourd’hui :

«Les conséquences d’une telle modification au règlement actuel sont très importantes. Il priverait d’abord les Québécois et Québécoises de la libre accessibilité à un territoire riche en ressources halieutiques qui leur a toujours été reconnue dans le passé à moins de payer des droits d’accès exorbitants».

«Accepter ce règlement équivaudrait à remettre la gestion de nos rivières dans le Grand Nord à des gestionnaires privés comme nous l’avions fait dans le passé pour nos rivières à saumon dans le sud du Québec. Il nous a fallu des années de bataille pour récupérer nos droits et, dans certains cas, nous avons dû les racheter à gros prix. Qu’arrivera-t-il dans 10 ans, dans 15 ans ou plus lorsque nous voudrons reprendre nos rivières? Les gestionnaires privés se seront construit de véritables petits châteaux pour recevoir les riches Américains et il faudra bien les compenser pour leurs investissements»

Et je continuais ainsi :

«Vous comprendrez que les pourvoyeurs, qui vendent des forfaits de plusieurs milliers de dollars à une riche clientèle, en majorité étrangère, n’auront aucun intérêt à faciliter l’accès aux Québécois et Québécoises qui désireraient profiter de la ressource en toute légalité sans avoir à engager des frais exorbitants.» Les Québécois et les Québécoises auraient-ils la mémoire courte à ce point qu’ils seraient prêts à accepter le retour aux clubs privés des rivières à saumons que j’ai abolis le 10 avril 1980.

À la suite des protestations de la population, le gouvernement a reculé. Il nous faut faire la même chose aujourd’hui et faire connaître notre opposition à nos députés.

Lucien Lessard, Ex-ministre des Loisirs, de la Chasse et de la Pêche et responsable de l’abolition des clubs privés des rivières à saumons 1979-1980