L’ouragan Florence, qui doit toucher la côte jeudi, ressemble en plusieurs points à l’ouragan Harvey qui a causé des dégâts immenses au Texas l’année dernière.

Le prix de la procrastination

ÉDITORIAL / Les quelques 1,5 million de citoyens américains qui ont dû évacuer les côtes de la Caroline ont-ils les moyens de s’offrir un ouragan? La question semble absurde, mais on peut la formuler autrement : avons-nous les moyens de nous offrir le réchauffement du climat au rythme où il se déploie?

Car tôt ou tard, nous devrons payer pour. 

L’ouragan Florence, qui doit toucher la côte aujourd’hui, ressemble en plusieurs points à l’ouragan Harvey qui a causé des dégâts immenses au Texas l’année dernière. Les deux sont de catégorie 4. Et comme ça s’est produit en 2017, Florence risque de s’immobiliser près de la côte, provoquant des inondations à cause de l’intensité de la pluie. 

Harvey aurait causé des dégâts évalués à 125 milliards $ l’an dernier, et on s’attend à un désastre du même ordre sur la côte est, soit plus de 200 milliards $ pour ces deux catastrophes. 

Il y a toujours eu des cyclones, dans Atlantique comme dans le Pacifique, mais comme on le prévoyait, ils augmentent en intensité et leurs trajectoires changent. Jusqu’à aujourd’hui, seulement quatre ouragans de catégorie 4 ont frappé au nord de la Floride. Florence sera le cinquième, et le plus puissant jamais enregistré aussi loin vers le nord. 

En ce début de campagne électorale québécoise, plusieurs ont déploré le peu d’attention consacré au dossier des changements climatiques. Des phénomènes comme cet ouragan hors-norme, au terme d’un été où la chaleur a elle aussi été inhabituelle, offrent une occasion d’interrompre la procrastination collective dont nous sommes tous coupables. 

Mardi, le Parti libéral a pris l’engagement d’offrir la gratuité des transports en commun pour les étudiants à temps plein et les personnes âgées. Québec Solidaire proposait déjà de réduire de moitié le prix du transport en commun. Le programme du Parti québécois prévoit une loi «antidéficit climatique», qui imposerait l’examen par un tiers pour déterminer si le Québec est en bonne voie d’atteindre ses cibles de réduction des GES, comme l’avaient proposé des groupes plus tôt cette année. 

La gratuité du transport en commun est-elle une meilleure solution qu’une «tarification sociale»? Le coût est-il plus important que l’efficacité du réseau? Ces questions se posent, mais ce qui ne fait plus aucun doute c’est qu’il faut faire preuve d’ambition, se donner des cibles audacieuses et faire preuve de courage politique pour les réaliser. 

Cet été, le Golfe du Maine, qui s’étend de Cape Cod jusqu’à la Nouvelle-Écosse, a connu des «vagues de chaleur marines» sans précédent. C’est la masse d’eau qui connaît le plus important réchauffement au monde. Sur 30 ans, le réchauffement a été trois fois plus rapide que la moyenne. Pendant les 15 dernières années, il a été sept fois plus grand. 

Une vague de chaleur marine se produit lorsque, dans une région de l’océan, la température dépasse le 90e percentile pendant plus de cinq jours consécutifs. Depuis le début de 2018, il n’y a eu que 40 jours seulement où le golfe n’a pas connu de telle vague de chaleur.

Ce n’est qu’un aperçu de l’avenir. Ces nouvelles conditions climatiques ont fait en sorte qu’un système comme Florence frappe les États de la Caroline plutôt que d’autres. Il risque de leur en coûter plus de 100 milliards $, et ça pourrait se répéter. 

C’est à cette échelle qu’on doit mesurer les coûts pour savoir s’ils sont acceptables ou non.