Une oeuvre de l'auteure de la lettre, Nicole Lévesque
Une oeuvre de l'auteure de la lettre, Nicole Lévesque

Le port du masque obligatoire?

Nicole Lévesque
Nicole Lévesque
Québec
POINT DE VUE / En mars dernier, la Direction de la santé publique affirmait «l’inutilité de porter un masque pour se protéger du coronavirus, puisqu’il s’agit là d’un faux sentiment de sécurité».

Même son de cloche du côté de l’Organisation mondiale de la santé publique, selon laquelle : «Il n’existe aucune preuve que le port du masque par des personnes en bonne santé puisse les empêcher d’être infectées par des virus respiratoires», c’est-à-dire, qu’il n’est pas recommandé pour l’ensemble du public.

Mais depuis, le vent a tourné! «Quand vous sortez de chez vous, lavez-vous les mains souvent, respectez la distanciation physique minimale de deux mètres, et portez un masque nous répète quotidiennement le trio Legault, McCann et Arruda, sans pour autant le rendre obligatoire. Pour des raisons juridiques d’abord, invoquant que la Charte des droits et libertés pourrait empêcher l’État d’aller plus loin, contrainte «surévaluée et exagérée» selon Patrick Taillon, professeur de droit de l’Université Laval. Cela étant, face aux contradictions apparentes des études scientifiques en cours, le premier ministre Legault fait judicieusement appel au sens civique de tout un chacun, en recommandant vivement de porter un masque pour protéger les autres, misant du coup sur la pression sociale exercée par les tenants du cache-visage pour convaincre les réfractaires. Et ce, tout en considérant «les inégalités sociales en santé dans la mesure où les riches y auraient accès et non les plus démunis, puisque ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de s’en procurer, ce qui peut discriminer». Conséquemment, force est d’admettre les inconvénients qu’engendre le port du masque pour plusieurs : difficulté respiratoire, manipulation manuelle constante, buée dans les lunettes, obstruction de la vue, etc. Néanmoins, «les lois et les habits gênent, mais ils protègent », dixit le proverbe.

Enfin, à la mi-mai, «le chat sort du sac». Car au cœur de cette première vague de pandémie, il manquait déjà au moins 10 millions de masques. Et dans la perspective d’un déconfinement progressif, le premier ministre clame alors que «le virus rôde... qu’il faut apprendre à vivre avec... que ce n’est pas le temps de baisser la garde... qu’il faut jouer en équipe...». À l’instar de nombreux autres pays, le gouvernement ne gagnerait-il pas, et par ricochet la population, à faire siennes la volonté de la majorité des Québécois et les recommandations des partis d’opposition à l’Assemblée nationale? Dont celle du chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, selon qui «le gouvernement devrait agir rapidement alors que la situation est critique à Montréal», en décrétant le port du masque dans les lieux publics [espaces clos notamment].

Toutefois, dans cette perspective où le port du masque deviendrait obligatoire, peut-être bien que le gouvernement pourrait gérer la situation à géométrie variable, malgré le niveau de complexité, il va sans dire : en adoptant des plans stratégiques de concert avec les municipalités. «Aux grands maux, les grands remèdes». Par exemple, la région métropolitaine de Montréal plus touchée que le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et la Côte-Nord, pourrait être obligatoirement astreinte au port du masque, ainsi que toutes autres régions critiques, s’il en est, compte tenu de leurs enjeux, réalités et particularités. C’est d’ailleurs ce qui a été pris en compte lors de la récente visite du premier ministre à Montréal, où un million de masques ont été offerts, ainsi que six millions de dollars aux sociétés de transport en commun pour leurs usagers. 

Du coup et globalement, les priorités d’accès aux besoins matériels pourraient varier, voire diminuer, au grand bénéfice des régions les plus vulnérables identifiées, dont la grande région métropolitaine Montréal. Et chacun des représentants des lieux publics considérés à risque (transports publics, commerces, écoles, garderies, cliniques médicales, résidences pour aînés, hôpitaux, cabinets dentaires, salons de coiffure et d’esthétique, endroits de culte, etc.), seraient imputables de rendre disponibles les produits sanitaires requis et de s’assurer du respect par leurs clientèles, des conventions établies sous peine d’interdiction d’accès tout simplement, comme l’oblige la directive fédérale pour les usagers aériens. Enfin, les soutiens financiers et matériels de protection en provenance des gouvernements, entreprises, commerçants, et tout autres contributeurs à cette cause collective, prendraient tout leur sens et mettraient fin aux tergiversations concernant le port du masque obligatoire et au jeu «La carotte ou le bâton», à la grande satisfaction de la population qui saurait à quoi s’en tenir.

De plus, dans l’actuel contexte de déconfinement progressif imminent, où beaucoup de questions demeurent encore sans réponse, et considérant que la sécurité est la première obligation de l’État, combien seront bienvenus, entre autres, les réforme McCann (nationalisation des CHSLD privés...), outils de communication, guides sur les rassemblements, normes sociales de responsabilités et de respect, etc. annoncés et tellement nécessaires pour affronter une éventuelle vague épidémique... et éviter une seconde pause du Québec.