Le poids électoral des aînés

ÉDITORIAL / Les «baby-boomers» ne jouissent plus du même poids électoral. Au scrutin d’octobre, leur génération sera sur le même pied que les X, les Y et les milléniaux. Les associations d’aînés qui comptent sur «leur pouvoir d’influence énorme» pour convaincre les partis politiques de répondre positivement à leurs revendications ont donc intérêt à bâtir des ponts entre les générations pour parvenir à «un Québec digne de ses aînés».

Une dynamique nouvelle marque les prochaines élections au Québec.

«Par un curieux hasard démographique, à l’élection de 2018, les groupes générationnels auront un poids électoral égal», écrivait en 2015 le professeur François Gélineau, professeur et titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, à l’Université Laval.

Les Québécois nés avant 1960, les X nés entre 1960 et 1979, et les électeurs nés après 1980 — les Y et les milléniaux — ont cette année le même poids électoral et peuvent prétendre avoir la même influence auprès des politiciens. À la condition, bien sûr, qu’ils votent. Ce que trop de jeunes s’abstiennent de faire. 

Quel sera leur comportement cet automne? La personnalité des chefs, les programmes des partis, les enjeux vont-ils inciter les jeunes à participer, à pousser les politiciens à prendre des engagements sur des dossiers qui leur tiennent à cœur, à se rendre aux bureaux de scrutin?

En 2015, il y a eu un soubresaut de la participation des jeunes aux élections fédérales, nous a rappelé mardi le professeur Gélineau. Le désir de changement après maintes années de gouvernement conservateur, la présence d’un jeune chef chez les libéraux — Justin Trudeau — et les enjeux mis de l’avant durant la campagne électorale ont pu motiver une plus grande participation de leur part.

Les «boomers» ne doivent donc pas tenir pour acquis qu’ils peuvent dicter des priorités et influencer le vote du 1er octobre comme au temps où ils représentaient 50% de l’électorat.

En se regroupant, le réseau FADOQ,  l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées, le Regroupement interprofessionnel des intervenants retraités des services de santé, l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec, disent représenter 700 000 personnes âgées.

Leur regroupement sera plus fort et plus incontournable s’il est capable d’associer les électeurs «plus jeunes» à ses revendications. Que l’on soit âgé de 75, de 55, de 35, de 25 ou de 18 ans, on a tous intérêt à avoir un Québec digne de ses aînés. Comme nous avons collectivement  intérêt à prendre bien soin de nos enfants et à miser davantage sur l’éducation. 

Le vieillissement de la population a des effets sur l’ensemble de la société et interpelle plus d’un secteur d’activités. Parler par exemple de conciliation travail–famille, ce n’est pas se soucier uniquement des jeunes parents et de leur participation au marché du travail, mais aussi des personnes qui doivent concilier travail et soutien à leurs parents âgés en perte d’autonomie.

Revendiquer plus et de meilleurs soins à domicile, ainsi qu’une reconnaissance et un soutien accru pour les proches aidants n’est pas non plus uniquement une affaire de «vieux».  On peut se retrouver «aidant naturel» à 25, à 40, à 60, à 80 ans et souhaiter que le prochain gouvernement fasse enfin des soins à domicile une priorité, au lieu de continuer d’investir massivement dans les hôpitaux. 

La solidarité entre générations s’avère plus porteuse. Tous gagneraient à ce que le Québec se dote d’une stratégie d’ensemble pour bien s’adapter au vieillissement de la population.