Actuellement, le dossier du Phare retient l’attention d’une grande partie de la population de Québec, soulève de nombreuses questions et suscite de vives inquiétudes.

Le Phare: pourquoi ne pas utiliser le bois?

Au maire de Québec Régis Labeaume,

Monsieur le maire, je suis une résidente de Québec (arrondissement Ste-Foy) depuis 50 ans et du quartier St-Yves depuis 45 ans. 

Je précise que je suis une citoyenne ordinaire sans aucune spécialité en architecture, urbanisme ou aménagement du territoire. En revanche,  j’essaie de rester informée et j’ai participé lors de plusieurs dossiers chauds qui ont été présentés par les autorités municipales au cours des 40 dernières années. 

Actuellement, le dossier du Phare retient l’attention d’une grande partie de la population de Québec, soulève de nombreuses questions et suscite de vives inquiétudes. On nous présente un mégaprojet de tours d’habitation, de bureaux, hôtel, etc. pour notre ville d’environ 800 000 habitants. Des tours comme il en existe déjà dans des villes bien plus peuplées en Asie, au Moyen-Orient et même en Europe. 

Pourquoi, pour un projet Phare qui devrait être un emblème de la Ville de Québec au XXIe siècle, n’avons-nous pas cherché à nous distinguer par nos spécificités, plutôt que de copier pour l’essentiel un modèle de construction que l’on retrouve dans de nombreuses villes du monde?

Pour moi, notre environnement québécois est en grande partie axé sur la forêt. Donc, dans notre ville où nous avons une des meilleures facultés de foresterie et géodésie au Canada et peut-être bien dans le monde, accompagnée d’un centre de recherche sur les matériaux renouvelables, il serait naturel d’utiliser nos ressources, nos compétences et notre main-d’œuvre pour faire un projet PHARE EN BOIS.

Avec mes faibles moyens de recherche, j’ai pu constater que les projets du XXIe siècle sont orientés vers des tours en bois, alimentés par la promesse de bénéfices environnementaux et soutenus par de nouvelles techniques de construction en bois. Ainsi de nouvelles propositions de structures en bois de grande hauteur apparaissent à travers le monde, de Brisbane (Australie) à Portland (Oregon, États-Unis). 

À partir de cette idée, j’ai cherché ce qui se faisait ailleurs dans le monde et en particulier dans des villes comparables à la ville de Québec tant par leur population que par leur climat, afin d’évaluer quelle est la tendance actuelle et future de ce type de projet. 

J’ai donc considéré des villes des pays nordiques que l’on nous cite souvent en exemple :

• Vancouver : tour de 53 mètres, environ 18 étages, inauguré en 2017

• Oslo (capitale de la Norvège) : tour de 85,4 mètres, prévue pour 2019

• Stockholm (capitale de la Suède): 34 étages, une centaine de mètres, livraison 2023

• Vienne : 84 mètres, 24 étages verront le jour en 2018 (hôtel, restaurant, appartement, bureaux)

• Bordeaux une des villes jumelées à Québec et même Londres : 300 mètres, 80 étages

Vancouver vient d’inaugurer une tour en bois de 53 mètres de hauteur équipée de panneaux solaires, détecteur de mouvement et autres équipements pour réduire l’impact écologique. Cette tour a été construite par la compagnie Telus sur le campus de l’Université de la Colombie-Britannique. L’homme d’affaires de Vancouver Arthur Buchardt a lui choisi de tenir compte des changements climatiques, cela ne semble pas être la préoccupation du groupe Dallaire ni de la ville de Québec. 

La tour d’Oslo entièrement en bois va avoir 84,5 mètres de hauteur avec 18 étages. Elle comporte des appartements, une piscine intérieure, un hôtel, restaurant et des bureaux.

À Vienne, capitale de l’Autriche, ville plus peuplée que la ville de Québec on a utilisé un type de construction hybride (bois et acier) pour une tour de 24 étages, 84 mètres.

Quant à Bordeaux, ville que vous nous citez souvent en exemple, elle va inaugurer en 2020, pas une, mais bien deux tours en bois, dont l’une de 57 mètres de hauteur, située près de la gare ferroviaire St-Jean.

D’après ce que j’ai pu consulter, le bois est reconnu pour sa solidité, sa longévité, sa résistance au feu, sa performance structurale et sa résistance sismique. De plus, son coût est plus compétitif, car le temps de chantier est réduit et utilise moins de matériaux de revêtement. Il permet également de réduire les émissions de CO2 et a une faible empreinte climatique. En Norvège, il a permis en utilisant la préfabrication de réduire le nombre d’opérations sur le site et la durée du chantier.

Avec une telle orientation de construction et compte tenu de l’espace disponible, le projet du Phare aurait une taille plus humaine et non pharaonique, en adéquation avec l’environnement des quartiers avoisinants. De plus, il pourrait se réaliser dans des délais plus raisonnables. 

Étant donné que le projet actuel du Phare amène la ville de Québec à ne pas tenir ses engagements envers la population consultée, il serait grandement souhaitable de remettre en question le type de construction envisagé par ce mégaprojet au profit d’une construction en bois de plusieurs tours de taille plus modeste que celle envisagée de 250 mètres.

Recevez, monsieur le maire, mes salutations distinguées.

Anne Delpech