Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, le seul élément intéressant au projet du Phare sera de voir la ville à partir du dernier étage.

Le Phare, l’effarant

Cette envie de succomber aux mirages des villes à l’américaine n’est pas nouvelle à Québec : dans les années 70, nous avons eu notre trip de tours aux alentours de la colline parlementaire. Mais qui, aujourd’hui, a du plaisir à se balader en plein hiver aux abords du Complexe G et du Hilton? Québec n’est pas Toronto ni Paris et Sainte-Foy n’a rien du quartier de La Bastille où les principes de Nordicité n’entrent pas du tout en jeu.

Il y a quelques années, j’assistais à Québec à un congrès international des Villes nordiques où l’on parlait de tout ce qui fait que ces villes ont une identité et des principes d’aménagement propres. On y discutait certes des côtés négatifs, mais aussi des approches nouvelles devant ces phénomènes d’enneigement, de vent, de manque d’ensoleillement, etc. Toutefois, à Québec, la seule réelle préoccupation que nous avons de l’hiver, c’est de bien ramasser la neige, car en général notre architecture ne considère à peu près pas ces facteurs. Nous nous «pétons les bretelles» de faire partie des villes nordiques, mais en réalité, nous ne passons pas de la parole aux actes comme les pays scandinaves.

Seule semble s’en préoccuper, l’école d’architecture : soufflerie pour simuler l’implantation d’immeubles dont les gros volumes peuvent être problématiques quant à leurs effets sur l’environnement : corridors de vent et perte d’ensoleillement pour les secteurs voisins, mais ça ne dessert pas du tout les vrais projets de la Ville.

Sur le terrain en question, ce projet «pharaonique» a déjà été décrié par à peu près tous les architectes de la région avec comme effet de l’eau sur le dos d’un canard.

Et maintenant, la Ville utilise un règlement bien caché à la page XYZ de la réglementation, mais qu’en est-il des citoyens qui devront vivre à côté et même de tous les Québécois?

En Suisse, un tel projet aurait sûrement fait l’objet d’un référendum, mais à Québec, non.

Le seul élément intéressant de ce projet sera de voir la ville à partir du dernier étage.

Pourtant un projet très dense avec une architecture personnalisée et d’une hauteur humaine conçus avec des critères dignes d’une ville nordique pourrait très bien satisfaire non seulement les promoteurs quant à la rentabilité, mais aussi les résidents du secteur ainsi que les utilisateurs quant à l’intégration au milieu.

Soyons inventifs et créons-nous des ensembles nouveaux dignes de ce nom, projets qui nous démarqueront et non pas qui feront de nous des copies conformes de toutes les villes nord-américaines. Il n’y a rien de nouveau à faire comme tout le monde!!

N’écoutons pas les Clotaire Rapaille de ce monde dire que nous souffrons d’un complexe «masochiste» devant Montréal et Toronto. Soyons nous-mêmes et les touristes viendront, non pas pour voir une tour comme ils peuvent en voir partout ailleurs, mais bien pour notre spécificité, unique en Amérique du Nord.

Mais oui, il est possible d’être respectueux de notre ville tout en étant fiers d’elle

Tout ça pour prouver quoi? Que nous sommes les meilleurs, les plus fins?

Assistons-nous à la rencontre des Phalliques contre les Nordiques?

Alfred Martel, architecte retraité, Québec