Le Phare et la perversion du PPU

J’ai participé à une partie des deux rencontres d’information sur le projet du Phare tenue à la fin d’octobre dernier. Au total, une cinquantaine de participants avaient pris la parole. J’ai constaté que plus de 80% des interventions étaient défavorables à la construction d’une tour de 65 étages. Les gens n’étaient ni contre le Groupe Dallaire, ni contre un projet du type ce qui est proposé, mais une des principales objections portait sur le choix de ce secteur de Québec pour ériger une tour jugée complètement démesurée dans le contexte.

À la question « Pourquoi une tour? », un représentant de la ville a répondu « Préférez-vous quatre blocs de glace ? ». Pourquoi faudrait-il que ce soit cela la seule alternative à la tour? Plusieurs propositions ont été faites, dont celle de répartir les immeubles sur d’autres terrains libres dans les environs. Il pourrait en effet être intéressant de voir comment l’architecture de chacun des bâtiments pourrait s’interpeler l’une et l’autre, dont justement celle du complexe Jules-Dallaire construit récemment. Je crois qu’en 2018 il est possible de concevoir un tel projet d’intégration architectural. 

Ce pourrait être là un début de correction à l’ensemble architectural du boulevard Laurier entre les ponts et l’université Laval. Il ne faut pas être urbaniste ou architecte pour constater qu’au fil des 40 dernières années sur cet axe urbain chacun y est allé avec la construction de son immeuble, souvent intéressant, mais sans qu’il n’y ait le moindre souci d’intégration architecturale. Résultat : un centre-ville cacophonique pour utiliser l’analogie avec la musique évoquée par une participante lors de la rencontre d’information. Ce qui fait que ce secteur commence à ressembler de plus en plus à n’importe quel autre centre-ville nord américain. 

Je ne crois pas qu’en 2018 il soit trop tôt dans l’évolution des mentalités et des expertises professionnelles dans le domaine du bâti pour concevoir autre chose. Si des professionnels d’ici ne répondent pas présent à cet appel, il y a des gens ailleurs sur la planète qui pourraient exposer leur vision et comment elle peut s’actualiser ici à Québec. 

PPU : un principe perverti

La tour constitue un détournement du PPU qui proposait un maximum de 29 étages. On nous a répondu que ce n’était pas le cas car on respectait le principe convenu de la nécessité de la densification. 

C’est la vérité, mais pas toute la vérité. Le reste de la vérité est que le PPU s’appuie sur le principe de la densification, mais à certaines conditions, dont celle de la hauteur maximale de 29 étages. Un principe sans son volet concret d’actualisation et de conditions d’implantation me semble devenir un principe perverti.

Un participant a demandé : « Quels seront les couts pour les infrastructures routières à ajuster ou à construire en dehors du terrain comme tel du projet, donc sur l’ensemble du réseau routier à la tête des ponts? » 

On lui a répondu qu’aucune évaluation de ces couts n’avait été faite, même si on sait qu’il y aura des impacts majeurs. Il est étonnant que les membres de la Commission d’urbanisme aient pu donner un avis favorable sans tenir compte de la nécessité de ces aménagements et de leur impact sur les dépenses publiques. Si c’était hors de son mandat, à qui revient la responsabilité de tenir compte des répercussions du projet d’un promoteur privé sur les dépenses publiques municipales, provinciales ou fédérales?

Où sont les urbanistes?

Parlant d’urbanistes, un participant demandait, le 30 octobre : « Y a t’il un urbaniste dans la salle ? »

Il y a eu un moment de silence et on a senti un léger malaise de part des représentants de la ville. Personne ne s’est manifesté. Leur absence lors de ces deux premières rencontres m’a paru un peu suspecte. Sans urbanistes, comment expliquer un tel projet sous l’angle de l’architecture, de l’intégration et son impact sur la vie urbaine, dont celle de la circulation, et donc de la qualité de vie au quotidien pour un grand nombre de citoyens? 

Les urbanistes et architectes qui ont participé de près ou de loin à la conception et l’acceptation de ce projet seraient-ils prêts à ce que leurs noms apparaissent sur une plaque lors de l’inauguration du projet du phare? En tous cas, côté imputabilité, on saurait à qui se référer dans 10, 20, 30, 50 ou 100 ans, pour le meilleur ou pour le pire. 

Je ne suis pas contre qu’il y ait à Québec un centre-ville avec des immeubles en hauteur, mais j’aimerais que ce centre ville soit en écho aux autres lieux de beauté de la ville, par exemple le Vieux Québec et la Promenade Champlain. Ces lieux ne sont pas de la même nature que celle d’un centre-ville d’affaires dont le tissu est fait d’immeubles à bureaux, à résidences ou à vocation hôtelière, mais à mon avis on peut faire mieux que juste reproduire et appliquer ici à Québec le modèle classique de développement d’un centre-ville américain. 

Où est la créativité québécoise? Où est notre originalité, notre signe distinctif, notre accent d’Amérique?


Maurice Legault

Québec