La modification des hauteurs des nouvelles constructions dans la zone de l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague créera une disproportion nettement disgracieuse avec les immeubles historiques présents sur le site ou à sa périphérie, note notre lecteur.

Le paysage historique du Vieux-Québec mis à risque

Je suis intervenu à deux reprises au cours des derniers mois aux consultations du conseil de quartier du Vieux-Québec–Cap-Blanc–Colline Parlementaire pour manifester mon opposition à la modification du Programme particulier d’urbanisme de la colline Parlementaire et aux normes de zonage de la zone 11013PA (zone de l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague) comprise dans le Site historique du Vieux-Québec.

Non pas que je sois en désaccord avec le changement de vocation de ce site afin de le consacrer à une vocation résidentielle, au contraire. Le Vieux-Québec a besoin de nouveaux résidents et le recyclage de cette ancienne école et certains des agrandissements prévus rencontrent cet objectif. J’appuierai toujours les projets qui favoriseront le renforcement de la vocation résidentielle du secteur, étant moi-même un résident du Vieux-Québec depuis plus de 21 ans.

Mon objection porte surtout sur la modification des hauteurs permises (11 étages ou 35 mètres sur la partie ouest du site). Cette modification va créer une disproportion nettement disgracieuse avec les immeubles historiques présents sur le site ou à sa périphérie (Centre Nazareth et bâtiments des Sœurs de la Charité à l’ouest). Implanter en bordure de la falaise nord un immeuble hors gabarit qui aura l’air d’émerger de manière incongrue par rapport au paysage historique actuel du Vieux-Québec est une aberration. D’autant plus que l’architecture résolument contemporaine de la partie supérieure de l’immeuble offre un contraste dérangeant avec la typologie et le caractère des bâtiments anciens du Vieux-Québec.

Dans mes interventions, j’ai fait remarquer que de prolonger à l’horizontale les hauteurs permises de la zone adjacente située au sud (zone du Diamant et du Capitole) dans une zone en forte pente descendante vers le nord, accentue ces distorsions et constitue une erreur majeure de design urbain. À mon avis, il aurait plutôt fallu créer un dégradé dans ces hauteurs de manière à constituer des terrasses, ce qui pourrait d’ailleurs être un atout pour les logements des étages supérieurs (véritables penthouses). Il n’y a qu’à regarder les images de synthèse présentées par le développeur pour se rendre compte du caractère monolithique et massif de cet immeuble incapable de trouver sa juste place dans ce décor historique.

Avec ce projet, on affecte négativement le paysage historique du Vieux-Québec, notion d’ailleurs de plus en plus valorisée dans les environnements historiques protégés, particulièrement ceux qui sont inscrits au Patrimoine mondial, comme je le souligne abondamment dans mon récent ouvrage «Québec à la rencontre des villes du patrimoine mondial». Cette même inquiétude surgit lorsqu’on pense au futur hôtel d’une dizaine d’étages que construira le Capitole presque accoté sur les fortifications. Un bâtiment actuellement en construction dont les images n’ont d’ailleurs jamais été rendues publiques. Et tout ceci, au moment où la démolition de quelque six étages de la tour de L’Hôtel-Dieu semble faire consensus, justement pour harmoniser et rétablir ce paysage historique.

Soigner les transitions

Depuis quelques années, on applique une politique de densification du tissu urbain que j’appuie en principe fortement. Mais, dans les environnements déjà construits, et particulièrement ceux qui ont un caractère historique, on ne soigne pas correctement les transitions entre les immeubles anciens et nouveaux, de sorte qu’on crée des distorsions inacceptables qui soulèvent l’opposition des résidents. Je suis souvent intervenu publiquement à cet égard et les mauvais exemples pullulent : les îlots Irving et Esso (première mouture heureusement corrigée par la suite), la tour de 18 étages dans Limoilou, une construction de plusieurs étages formant un mur tout le long d’un quartier ancien de faible densité dans Sillery, et d’autres encore. Il en est de même pour le projet Saint-Louis-de-Gonzague, et celui du 333, Grande Allée qui, malgré de bons efforts d’intégration architecturale sur la Grande Allée elle-même, propose un bloc monolithique de huit étages en arrière, en confrontation directe avec les bâtiments de l’avenue Laurier et de la place Monseigneur-Taché. 

Dans tout environnement ancien, la densification doit se faire de manière douce et respectueuse de la typologie architecturale de ces quartiers. La ville de Québec a connu des périodes difficiles dans les années 50 et 60. Il serait malencontreux qu’on répète cette vieille histoire. Depuis 50 ans, je me suis acharné à corriger ou à dénoncer ce genre d’interventions qui contredisent et détériorent la personnalité et l’identité des quartiers anciens. Encore aujourd’hui, je ne peux me taire. Surtout que dans les deux cas à l’étude, on utilise encore l’astuce de la modification d’un PPU pour éliminer le risque d’un référendum. Pire encore, on intègre cette zone du Vieux-Québec au PPU de la colline Parlementaire comme on l’a fait pour celle du Diamant. Va-t-on ainsi morceau par morceau modifier la typologie construite du Vieux-Québec?

Serge Viau O.Q., Architecte et urbaniste émérite