Mieux vaut que le gouvernement Legault joue de prudence et présente au printemps un premier budget et des mesures concrètes qui démontreront que l’éducation et la santé sont réellement ses priorités, écrit notre éditorialiste.

Le meilleur est à venir?

ÉDITORIAL / Le ministre des Finances, Éric Girard, n’a pas tenté de rivaliser avec le père Noël dans son premier énoncé économique, et c’est très bien ainsi. Si le gouvernement caquiste veut faire une réelle différence en éducation et en santé, il aura besoin d’une bonne marge de manœuvre dans son budget du printemps. Il fait par ailleurs un choix judicieux en prévoyant 1,6 milliard $ afin que les entreprises augmentent leur productivité.

Des citoyens auraient bien sûr souhaité que le gouvernement de François Legault retourne dès maintenant plus d’argent dans leurs poches comme il l’a promis en campagne électorale.

La personne âgée de 70 ans qui doit se débrouiller avec un maigre revenu de 22 500 $ par année ne fera pas d’extravagance au prochain réveillon avec le soutien de 16 $ par mois que lui accorde le gouvernement. Le ministre Éric Girard, a beau dire qu’il s’agit d’un «ajout significatif», ce n’est pas avec un crédit d’impôt de 200 $ par année que la retraite deviendra dorée. 

Les personnes qui n’entrent pas dans la catégorie chouchou des caquistes — les familles et les aînés — constateront qu’il y a bien peu, voire rien pour elles dans cette mise à jour économique, à moins qu’elles ne puissent s’acheter un véhicule électrique.

Si elles vivent seules et dans la pauvreté, Québec n’accourt pas pour leur venir en aide. L’an dernier, le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion suggérait pourtant de porter attention aux personnes âgées, mais aussi, aux personnes seules, aux autochtones et aux individus souffrant de maladie mentale. Les familles ont pu profiter du soutien des gouvernements précédents.

Le premier ministre Legault a indiqué lundi qu’il ne faut pas regarder de haut ce qu’on met dans le portefeuille des gens, qu’il ne faut pas l’opposer à la prestation de services publics. Il est possible, selon lui, de faire les deux. Il aura à le démontrer.

Les années d’austérité budgétaire du gouvernement Couillard ont fait réaliser à plusieurs Québécois qu’un accès rapide à des services professionnels pour les jeunes, des écoles sans moisissures, du personnel en nombre suffisant dans les établissements de santé, ça vaut plus souvent que des baisses d’impôt, de taxes ou de tarifs.

Mieux vaut donc que le gouvernement Legault joue de prudence et présente au printemps un premier budget et des mesures concrètes qui démontreront que l’éducation et la santé sont réellement ses priorités. Cela aurait été peu utile d’investir dès aujourd’hui dans des programmes ou des approches qui ne donnent pas les résultats escomptés.

Le gouvernement a par ailleurs profité de l’énoncé économique pour envoyer un signal fort et essentiel en matière d’économie. Il consacrera 1,6 milliard $ sur cinq ans pour inciter les entreprises québécoises à accroître leur productivité.

Il ne le fait pas en baissant bêtement le taux d’imposition — certaines entreprises pourraient en effet utiliser cette économie d’impôt pour accroître les dividendes de leurs actionnaires — mais bien en augmentant à 100 % le taux d’amortissement des investissements pour du matériel informatique, de l’équipement de production d’énergie propre, du matériel de fabrication et de transformation.

Souhaitons que les entreprises répondent positivement, qu’elles comblent au cours des prochaines années le retard de productivité qu’affiche le Québec par rapport aux autres provinces.

Augmenter la productivité et miser sur l’éducation enrichiront le Québec économiquement et socialement. Le gouvernement vient de poser un premier jalon important en soutenant les entreprises. Au printemps, il devra livrer la marchandise en éducation.