Le maire Labeaume a essayé de convaincre qu’à certains endroits, on pouvait encore se croire au Far West dans les rues de la ville de Québec.

Le maire Labeaume en justicier du Far-West

Nous le connaissons tous. Le maire Régis Labeaume, en bon comédien qu’il est, aime bien les caméras.

The Lone Régis est encore monté sur ses grands chevaux dans son discours lors du colloque sur la sécurité routière. Le gouvernement, qu’il a qualifié de Big Brother, n’a plus à lui dire comment gérer ses radars photo : «On est assez intelligents et compétents pour prendre toutes nos décisions.» Il a bien essayé de convaincre qu’à certains endroits, on pouvait encore se croire au Far West où règne l’anomie. Définition de Larousse : Désorganisation sociale résultant de l’absence de normes communes dans la société. Monsieur le maire aimerait que ses fonctionnaires puissent utiliser sans contraintes l’arme ultime afin de contrer la loi du plus fort.

La preuve a donc été faite que le Justicier du Far West ne se rappelle pas que l’amélioration des bilans routiers au Québec s’est justement amorcée en 1974, soit avec la disparition de la première vague de radars photo (1970-73). Il n’y avait alors aucun lien entre les progrès et la disparition des pompes à fric tout comme aujourd’hui, il n’existe aucun document démontrant l’efficacité des appareils sauf celle de garnir les postes budgétaires des gouvernements. En 2008, le US Public Interest Research Group avait publié son étude où les chercheurs avaient scruté quarante contrats liant villes ou États aux fournisseurs de la technologie. La lourde constante qui s’y était révélée dans chacun d’eux était que la rentabilité passe bien avant la sécurité.

Il y a une bonne raison pour que le ministère des Transports garde le contrôle de la taxe volontaire. Les cas de dérapages majeurs des radars photo au Canada touchent les contrats entre les villes et fournisseurs. Au Canada anglais, il doit impérativement y avoir la présence de travailleurs sur le chantier pour que l’amende soit doublée. Les Winnipegois se sont fait «flasher» aux abords des chantiers de construction avec doubles pénalités durant les périodes de la fin de semaine et celle du jour de la Fête du travail et dans les zones scolaires tard la nuit! Tout ça avec la sanction royale du Maire Katz parce qu’il manquait 12 millions $ dans les coffres de la ville sur les 49 millions $ que lui avait fait miroiter ACS Public Solutions, aujourd’hui Xerox. 

En janvier 2011, après 14 mois d’inaction et un recours de la part de citoyens, la Ville d’Edmonton se décidait finalement à rembourser les 140 000 contraventions d’excès de vitesse émises par les appareils ayant la double fonction de surveiller les feux rouges et les excès de vitesse au feu vert parce qu’un de ceux-ci avait fait des erreurs que les procureurs de la ville n’auraient pas pu défendre.

Lors de ses voyages à l’extérieur, le maire Labeaume a sûrement noté que la limite dans les rues résidentielles en Floride est à 50 km/h. On peut aussi rouler légalement à 75 km/h sur la U.S. Highway 1 dans les villes de Fort Lauderdale et Hollywood entre autres, ce long boulevard qui débute à Fort Kent dans le Maine et qui descend jusqu’à Key West. Ici, la promenade de la Reine Elizabeth et la promenade du Colonel By, les deux rues bordant le Canal Rideau à Ottawa, la limite n’est pas à 50, encore moins à 40 mais bien à 60 km/h. 

Voilà des exemples de limites sécuritaires fixées selon la règle du 85e percentile. Une brève recherche sur les victimes de la route à l’époque où les Québécois circulaient à chevaux pourrait révéler à monsieur le maire la même constatation que celle du professeur de planification urbaine et régionale à la Clemson University en Caroline du Sud, Eric A. Morris. Dans son ouvrage intitulé From Horse Power to Horsepower, on apprend qu’à New York en 1900, 203 personnes furent tuées par des chevaux et la voiture qu’ils tiraient en comparaison de 344 décès liés à l’automobile en 2003. Le taux de fatalité per capita était donc sept fois plus élevé à l’époque des chevaux.

Le Québec est passé de 2209 décès sur routes en 1972 à 269 fatalités en 2017. Si nous tenions des statistiques convenables qui permettraient de véritables comparaisons, c’est-à-dire le nombre de personnes décédées par milliard de kilomètres parcourus, nous devrions nous classer parmi les pays les plus sécuritaires au monde. Les progrès enregistrés depuis le début du nouveau millénaire, nous les devons aux systèmes de sécurité passive, en équipement de série ou en option, qui équipent les véhicules. 

L’inattention au volant est la première cause de collisions. Elle est malheureusement moins monnayable et donc moins intéressante que la vitesse. Et ceci, de la part d’un maire qui s’est plaint devant les caméras que sa ville avait enregistré une perte de 7 millions $ après deux années de moyens de pression de ses policiers, on peut comprendre que le Justicier du Far West favorise les moyens de répression automatiques. Et comme l’a fait la Ville de Winnipeg, parions que la gestion ne sera pas confiée à son service de police. Oui, Régis Labeaume a encore donné un bon show la fin de semaine dernière.

Jean Livernois, Québec