L’écrémage réalisé par les écoles privées (et les écoles publiques à projet sélectif) a fait du système québécois le plus inéquitable du pays, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Le lobby du privé et ses mythes

En réaction au Point de vue «Financement des écoles privées: des faits à considérer» par David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés.

À la suite de l’adoption la semaine dernière par le Parti québécois d’une plateforme électorale plaçant en tête de liste la diminution du financement des écoles privées subventionnées par les contribuables, le président du lobby des écoles privées (Fédération des établissements d’enseignement privés, 36 employés) a voulu répliquer dans une lettre au Soleil.

Pour contrer le vent d’indignation chez les citoyens (73 % veulent que les subventions au privé soient redirigées vers les écoles publiques selon un sondage CROP de janvier 2018), le lobby nous ressert les deux mythes qui lui ont permis d’éviter un réel débat public depuis 50 ans : «le privé nous fait économiser» et le «privé est meilleur».

Des économies? Vraiment?

Le lobby martèle depuis toujours que le privé est subventionné à «seulement» 60 %. C’est faux. Le vrai chiffre du financement direct du secondaire privé par les contribuables est en fait de 75 %. Il a été établi clairement en 2014 par un groupe d’experts réuni par le Ministère de l’Éducation et présidé par l’ancienne Protectrice du citoyen Mme Pauline Champoux-Lesage. À ce financement direct, il faut aussi ajouter le financement indirect des contribuables grâce aux remboursements de dons par crédits d’impôt. Le coût de ce financement indirect : environ 20 M$ par an selon une économiste de l’Université de Sherbrooke. Cela fait grimper le taux à 79 %. On est loin du mythique 60 %.

L’autre erreur, c’est d’oublier commodément que si le privé, comme en Ontario, n’était pas financé par les contribuables, tous les élèves le fréquentant ne coûteraient pas un sou au Trésor public. En Ontario, au secondaire, 5 % des élèves fréquentent le vrai privé. Ils ne coûtent rien aux contribuables. Voilà une économie qui doit absolument être prise en compte.

En fait, le Mouvement L’école ensemble a calculé que la différence entre l’économie réalisée grâce aux élèves du futur «vrai privé» et les coûts d’accueil des élèves du privé est de 14 millions $ par an au secondaire en faveur des contribuables. Loin de nous faire économiser, le système actuel représente une ponction annuelle dans le trésor québécois.

Mais si le privé n’est pas subventionné, il sera réservé aux 5 % des familles les plus riches (au lieu du 20 % des plus riches comme actuellement). C’est à ce moment que le lobby du privé sort son violon et crie à l’injustice : tous les petits Québécois devraient avoir une chance d’aller au privé!

Le privé n’est pas meilleur

Derrière ce discours larmoyant se cache le second mythe, le plus puissant en fait, selon lequel l’école privée serait meilleure que la publique. Statistique Canada a étudié le phénomène dans un rapport de 2015. La conclusion est limpide : «les élèves qui fréquentaient des écoles secondaires privées étaient plus susceptibles d’avoir des caractéristiques socioéconomiques positivement associées au succès scolaire et d’avoir des pairs dont les parents avaient fait des études universitaires». Les écoles privées ne sont pas meilleures, ce sont les élèves du privé qui sont meilleurs. Ce qui est en cause ici, c’est la sélection des élèves et la ségrégation scolaire qui s’ensuit.

Une fois ces mythes déboulonnés, on peut se mettre à réfléchir. L’écrémage réalisé par les écoles privées (et les écoles publiques à projet sélectif) a fait du système québécois le plus inéquitable du pays. Alors qu’à Toronto et Helsinki, on sait que plus de mixité sociale signifie une meilleure moyenne générale et moins de décrochage, les gouvernements québécois successifs se sont entêtés à maintenir notre système inefficace parce qu’inéquitable. Le 1er octobre prochain, faisons de cet enjeu celui qui déterminera notre vote.

Stéphane Vigneault, Coordonnateur, Mouvement L’école ensemble