Selon les auteurs de cette lettre d’opinion, le lien à construire et à entretenir durablement à Québec et dans sa région métropolitaine et dont les citoyens ont un pressant besoin c’est celui de la compréhension mutuelle, lequel passe par davantage d’information.
Selon les auteurs de cette lettre d’opinion, le lien à construire et à entretenir durablement à Québec et dans sa région métropolitaine et dont les citoyens ont un pressant besoin c’est celui de la compréhension mutuelle, lequel passe par davantage d’information.

Le lien manquant auquel personne ne pense

Point de vue
Point de vue
Le Soleil
On a beaucoup parlé et débattu au cours des derniers mois des problèmes de congestion routière dans la ville et la région métropolitaine de Québec. Plusieurs solutions ont été mises de l’avant, dont la construction d’un troisième lien entre la rive nord et la rive sud. Le débat s’est poursuivi jusqu’à devenir l’un des principaux enjeux de la présente campagne électorale municipale.

Sur cet enjeu comme sur bien d’autres, la question se pose de savoir si ce n’est pas d’un autre type de lien, préalable à tous les autres, dont nous avons, à titre de citoyens, un pressant besoin. Un lien qui devrait figurer en tout premier lieu dans les programmes électoraux des candidats et des partis en lice. Ce lien, à construire et à entretenir durablement, c’est celui de la compréhension mutuelle, lequel passe par davantage d’information, notamment de données probantes, d’explications claires et mises en contexte, de mécanismes consultatifs et participatifs à différentes échelles (microlocale, locale et régionale) et d’empathie, soit l’aptitude à se mettre à la place ou dans les souliers de l’autre. Dans la cité politique, en effet, où il importe, dans chaque décision publique à prendre, de discerner et de faire prévaloir le bien commun, la compréhension mutuelle constitue un préalable indispensable à l’expression des différents points de vue, à une plus juste appréciation des enjeux collectifs, à une délibération citoyenne respectueuse et responsable et à une prise de décision politique mieux fondée et plus largement partagée.

Depuis les fusions municipales de 2002, ce défi, voire ce devoir de compréhension mutuelle est devenu, dans un contexte institutionnel passablement modifié, le passage obligé pour élaborer et mettre en œuvre, dans tous les domaines, des politiques publiques qui contribuent à la fois à l’amélioration de la qualité de vie et au renforcement de la solidarité locale et régionale. Au cours des 15 dernières années, en effet, sous l’impulsion d’une combinaison de facteurs de tous ordres, internes et externes à la région, et de plusieurs décisions aux effets voulus et non voulus, la définition des problèmes urbains et de leurs solutions est devenue, à toutes les échelles d’intervention, plus exigeante et complexe. 

Il importe de rappeler ici que la réforme de 2002 s’accompagnait de mécanismes structurants facilitant, selon nous, la compréhension mutuelle des nouveaux enjeux urbains et métropolitains. Quatre d’entre eux nous semblent particulièrement pertinents dans le contexte actuel : la mise en application de la procédure d’approbation référendaire en urbanisme, dont Québec avait été exemptée jusque-là; l’implantation de conseils de quartier dans l’ensemble de la ville et l’embauche de conseillers en consultations publiques; la mise en place de la Communauté métropolitaine et de huit arrondissements chargés de la prestation des services dits de proximité; et la mise en place d’un système intégré d’information et de gestion, à la fine pointe des technologies, à l’échelle de la nouvelle grande ville. 

Pour le législateur, il s’agissait alors d’un ensemble institutionnel cohérent, garant d’un équilibre à construire dans la nouvelle ville et d’une synergie renforcée à l’échelle métropolitaine. La question se pose aujourd’hui de savoir si ces différents mécanismes ont été pleinement utilisés et ont produit les résultats attendus. Il importe donc de se demander si ces mécanismes ne devraient pas être révisés afin de favoriser une meilleure compréhension et discussion des enjeux urbains actuels et prévisibles. 

La période électorale nous fournit l’occasion de réfléchir et de débattre publiquement de ces questions. Elle nous permet ainsi de mieux évaluer et comparer ce que proposent les candidats et les partis en présence en réponse à ces questions. Il nous apparaît, en effet, qu’aucune des voies du développement à venir de la ville et de la région ne pourra recevoir un appui large et éclairé des citoyens sans qu’un réel exercice de compréhension mutuelle accompagne, en amont et en aval, les décisions politiques. 

Qu’il s’agisse en effet des enjeux touchant l’aménagement, la mobilité, l’intégration des communautés culturelles, la protection des sources d’eau potable, la conservation du patrimoine, la pauvreté et l’itinérance, l’accessibilité à un logement abordable ou le niveau de taxation, les décisions à prendre exigeront, dans chaque cas, un solide dosage d’écoute, d’ouverture aux points de vues des autres et de compromis. Un exercice qui devrait se dérouler en gardant à l’esprit les acquis de la réforme de 2002, notamment de ceux qui sont susceptibles de favoriser une prise de parole informée et responsable par le plus grand nombre de citoyens possible. 

Dans la présente campagne électorale municipale, les trois chefs de partis, en commençant par le maire sortant, ont convenu qu’ils débattraient et agiraient avec respect. Il est à espérer que cet engagement, premier entre tous et l’un des fondements de la compréhension mutuelle et de la démocratie, tienne non seulement le temps d’une campagne, mais inspire et guide, après l’élection, les décideurs politiques, pas seulement municipaux, et l’ensemble des citoyens dans les débats et les décisions à venir touchant le développement de Québec et de sa région. 

Serge Belley, professeur associé, École nationale d’administration publique

Marc-André Lavigne, professeur, Université du Québec à Trois-Rivières

Louise Quesnel, professeure émérite, Université Laval