La ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly

Le français à notre image

Qu’est-ce qu’une langue ? Que représente-t-elle pour nous, Québécois, Acadiens, Franco-Ontariens, et quel rapport entretenons-nous avec celle-ci ? Est-ce un simple moyen d’expression, « un système de signes vocaux, éventuellement graphiques… », comme le veut la définition technique enfouie dans le Larousse ? Ou est-ce plutôt quelque chose de plus fondamental, ancré dans notre âme et au cœur de notre identité ?

Nous savons qu’une langue peut rassembler. D’où l’importance de s’y attacher et de la préserver. Les langues autochtones, par exemple, ont survécu à la colonisation pour se redéfinir en tant que puissants symboles de réconciliation, de créativité et d’espoir pour une nouvelle génération.

Pour nous Québécois, c’est par la protection de la langue française que nous avons su protéger notre culture et notre identité.

Mais nous n’étions pas seuls. Les francophones en situation minoritaire font vibrer leur communauté à travers le pays. Ils les enrichissent, amènent une nouvelle perspective, les inspirent et les dynamisent.

Les nouveaux arrivants font voyager leur français, leurs patois et leur façon de s’exprimer.

En revanche ils découvrent nos coutumes, notre terroir et nos paysages. La langue facilite ces rencontres et ces échanges.

Et c’est pourquoi la langue française est tissée dans nos identités de Whitehorse à Hearst en passant par Moncton et Rimouski. Elle nous unit, nous distingue et nous permet de se comprendre. C’est une langue qui nous appartient.

Comme le chante si bien Yves Duteil, « C’est une langue belle avec des mots superbes, qui porte son histoire à travers ses accents ».

Tous ces accents seront à l’affiche cette semaine alors que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, nous fait l’honneur de sa présence chez nous.

Elle aura l’occasion de constater la vivacité, la fierté et la créativité des Québécois, mais également des francophones de partout au pays qui, chaque jour, se tiennent debout et se battent pour exister (et perdurer) en Amérique.

La visite de la secrétaire générale nous rappelle notre place au sein de l’échiquier francophone international, et de l’accès privilégié que nous donne la langue française en diplomatie et au sein d’organisations multilatérales comme l’Organisation internationale de la Francophonie.

Elle nous rappelle aussi que tous les francophones doivent s’allier pour protéger et promouvoir nos valeurs communes, nos principes démocratiques et prendre notre place dans le monde.

Plus que jamais, le moment est propice.

L’attaque frontale contre la francophonie en Ontario l’automne dernier a créé un élan de solidarité partout au pays, y compris au Québec où le beau drapeau vert et blanc des Franco-Ontariens était hissé au mât de l’Assemblée nationale.

Cette année au Canada, la Loi sur les langues officielles célèbre ses 50 ans. Cinquante ans à défendre et promouvoir le droit des francophones au pays. C’est grâce à elle que nous ne livrons pas seuls notre combat contre la menace d’assimilation.

J’en appelle aux Québécois : il est maintenant temps de rebâtir les ponts, de défendre et de promouvoir ensemble les droits des minorités linguistiques, et de défendre tous ensemble le fait français au pays et dans le monde.

Pour les 50 prochaines années, nous devons nous unir afin d’assurer notre succès.

C’est pourquoi alors que nous entamons la révision de cette loi fondamentale, nous devons soutenir les efforts de la nouvelle secrétaire générale afin de réformer l’Organisation internationale de la Francophonie. Une Francophonie forte et crédible au sein des instances internationales nous permet de promouvoir et de défendre l’importance de la place du français dans le monde. Ici comme ailleurs, dans cette démarche, nous serons aux côtés de tous les francophones et de leurs alliés.

L'auteure, Mélanie Joly, est ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie.