Le Parti québécois a fait élire dix députés, 17 % des voix, soit pratiquement deux fois moins qu’en 2014 et à peine un peu plus que QS.

Le défi considérable du Parti québécois

C’est avec beaucoup de perplexité, un brin d’amertume et même de tristesse que je me résous à tenter d’expliquer la descente aux enfers non méritée du Parti québécois, en ce premier jour d’octobre 2018. Dix députés élus, 17 % des voix, soit pratiquement deux fois moins qu’en 2014 et à peine un peu plus que QS.

Après une pareille déconfiture, on cherche à comprendre, on est tenté de pointer des coupables, mais de là à conclure à la mort du PQ, il y a un pas que l’on ne peut se résoudre à franchir. Le Parti québécois est peut-être affaibli, mais encore bel et bien vivant.

Sa relative bonne santé financière avant le scrutin devrait lui permettre d’absorber les coûts de l’élection. La dizaine de courageux et brillants députés est encore appuyée par des milliers de militants aguerris qui devront certes mettre la main à la pâte. La stratégie proposée par le PQ pour l’accession à l’indépendance est devenue désuète. Après le départ de Jean-François Lisée, la convergence indépendantiste et la question nationale risquent fort de revenir au centre de l’échiquier politique. La porte est encore grande ouverte pour de nouveaux rebondissements, y compris pour le seul véritable changement dont le Québec a toujours besoin, la construction du pays indépendant.

Depuis sa fondation il y a 50 ans, en 1968, la social-démocratie est l’un des fondements des politiques du Parti québécois. On peut dire qu’elle est inscrite dans sa génétique même. Elle implique un préjugé favorable envers les travailleurs, une attention particulière envers les plus démunis, le gage d’une concertation permanente avec les partenaires sociaux de l’État. Elle est encore à l’ordre du jour en tant que projet de société. L’impressionnante feuille de route du Parti québécois, ses nombreuses réalisations qui ont marqué concrètement la société québécoise depuis 1976, le réalisme de son programme permettent de dire que le PQ possède encore toutes les ressources et l’expérience nécessaires pour revenir au pouvoir et espérer un jour gouverner le pays du Québec.

Se débarrasser des libéraux dans un premier temps, c’était, pour le PQ, un objectif nécessaire, mais risquer d’y laisser sa peau en mettant sa raison d’être sur la glace n’était pas prévu. Enlever le spectre d’un référendum sur l’indépendance désamorçait l’argumentaire de la peur, si payant pour les libéraux. Le calcul stratégique de Jean-François Lisée était rationnellement valable, mais les électeurs ne pensent guère à long terme. Ils ont plutôt choisi de renvoyer les libéraux pour essayer du nouveau, ce qui laissait du coup le champ libre à la CAQ de François Legault et à Québec solidaire. Plusieurs péquistes ont en effet voté pour la CAQ.

En jouant brillamment son rôle d’opposition officielle notamment dans les dossiers de la santé et de l’éducation, le PQ a largement contribué à discréditer les libéraux, mais sans pour autant recueillir les dividendes qui lui revenaient normalement. Va-t-il réussir à se reconstruire pour donner une nouvelle impulsion au peuple québécois vers sa libération nationale? Va-t-il réussir à drainer toutes les aspirations étouffées par le confort et l’indifférence? Le défi est là, considérable mais pas nécessairement insurmontable.

Un changement d’orientation plus global devient donc désormais plus urgent et nécessaire que jamais. Il faut sortir du ratatinement national qui se satisfait de sa médiocrité dans le confort et l’indifférence. Il faut encore et plus que jamais viser la création d’un nouveau pays à part entière, un pays libre, complet et reconnu. Si l’on additionne tous les votes indépendantistes et progressistes dispersés dans les formations politiques actuelles, une majorité souverainiste est désormais sérieusement envisageable dans un avenir plus ou moins rapproché. Voilà le seul véritable changement légitime qu’il nous reste encore à accomplir!

Jean-Louis Bourque, Politologue