Selon l’auteur de cette lettre, l’existence des institutions collégiales n’explique en rien la différence de diplomation universitaire entre le Québec et l’Ontario.

Le cégep, facteur d’accessibilité à l’enseignement supérieur

La Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) considère que l’existence des institutions collégiales n’explique en rien la différence de diplomation universitaire entre le Québec et l’Ontario, bien au contraire. La FEC-CSQ réagit à un article publié dans La Presse le 25 janvier, qui fait référence à une étude réalisée par le CIRANO et publiée dans un ouvrage collectif au titre évocateur de la vision mercantile de l’éducation mise de l’avant, soit Le Québec économique. Éducation et capital humain.

Il semble tout d’abord inexact d’affirmer que le Québec est en retard à cause de la formation préuniversitaire collégiale. Pour effectuer une comparaison plus légitime de la diplomation, il aurait fallu également intégrer les titulaires de diplômes d’études préuniversitaires, techniques et professionnelles. En faisant cet exercice, l’économiste Pierre Fortin a d’ailleurs démontré un «effet cégep» positif sur l’accès aux études supérieures. Cette démarche classe en effet le Québec en tête de liste. De plus, seule l’Ontario semble faire un tout petit mieux que le Québec si on prend en considération l’ensemble du postsecondaire selon des données de Statistique Canada (2017).

De nombreuses autres études, dont celles coordonnées par le sociologue Pierre Doray, ont mis de l’avant les facteurs qui déterminent l’accès aux études postsecondaires et la diplomation. Les auteurs associés au CIRANO ne semblent pas, quant à eux, les avoir pris suffisamment en considération. Par exemple, le niveau d’éducation et de revenu des parents et la proximité d’un établissement collégial ou universitaire sont primordiaux.

Ce n’est donc peut-être pas l’Ontario qui fait mieux, mais davantage les caractéristiques de la société et des jeunes qui y étudient qui favorisent cette réussite. La province est en effet plus riche, plus urbanisée et accueille de très nombreuses étudiantes et étudiants des autres provinces (notamment du Québec) ou issus de l’immigration. L’importance de bien catégoriser la population étudiée nous apparaît donc primordiale. L’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) a d’ailleurs publié une analyse qui effectuait cet exercice. «La proportion de détenteurs de grade universitaire est, à toutes fins utiles, la même dans les deux populations historiques majoritaires», concluait la recherche qui comparait notamment les parcours scolaires des francophones du Québec à ceux des anglophones de l’Ontario.

Par contre, et il faut le mentionner, là où l’Ontario fait mieux, comme le démontrait un récent rapport du Conseil supérieur de l’éducation, c’est au niveau de ses politiques éducatives plus égalitaires en amont des études postsecondaires. Moins de ségrégation scolaire et moins de subventions aux écoles privées permettent à davantage d’élèves de réussir, notamment pour celles et ceux issus des milieux moins bien nantis. Dans l’ouvrage auxquels les auteurs ont participé, il est plutôt question du succès des écoles privées…

Bien qu’il reste des progrès à faire au Québec concernant l’accès aux études postsecondaires, notamment pour les francophones et l’enseignement en français, ce n’est pas en attaquant une nouvelle fois les cégeps que nous le ferons. Il s’agirait plutôt de soutenir encore davantage ces établissements qui font leurs preuves depuis 50 ans et de s’attaquer à certaines causes profondes qui affectent les parcours des jeunes du Québec, notamment la ségrégation scolaire au secondaire, le manque de ressources d’un réseau public malmené et, plus globalement, la faiblesse des revenus d’un nombre non négligeable de ménages.

Lucie Piché
Présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ)