«Qu’est-ce que ça change financièrement que l’argent vienne de Québec ou d’Ottawa ? Pas grand-chose. L’argent vient de nos poches et les dettes qu’Ottawa et Québec contractent sont les nôtres. Nous allons payer la facture d’un côté ou de l’autre», questionne Sol Zanetti.
«Qu’est-ce que ça change financièrement que l’argent vienne de Québec ou d’Ottawa ? Pas grand-chose. L’argent vient de nos poches et les dettes qu’Ottawa et Québec contractent sont les nôtres. Nous allons payer la facture d’un côté ou de l’autre», questionne Sol Zanetti.

Le Canada est-il en train de nous sauver la peau?

POINT DE VUE / Si votre voisin prend votre porte-monnaie, en sort 100$ et va faire votre épicerie, vous fait-il un cadeau ? Non. Si vous êtes à court d’argent et qu’il prend une carte de crédit à votre nom pour aller faire l’épicerie avec, vous sauve-t-il la peau ? Pas vraiment. Ce n’est pas un cadeau et ça ne vous rend pas plus riche. La seule différence, c’est que c’est lui qui choisit ce qui se trouve dans votre panier et que vous risquez de vous retrouver avec des produits non désirés, voire même indésirables. 

Ces temps-ci, Ottawa nous ramène à la maison de grosses épiceries. Si l’on additionne la Prestation canadienne d’urgence (PCU), les subventions salariales, les aides directes, les impôts différés, les crédits aux entreprises, les garanties de prêts et le soutien au secteur agricole, c’est environ 260 milliards $ qu’il fait pleuvoir sur les provinces canadiennes, dont le Québec fait partie pour l’instant. Le gouvernement canadien dépense beaucoup plus que le gouvernement caquiste en ce moment. Toutes proportions gardées, plus du double, et surtout, cinq fois plus en aides directes. La stratégie du gouvernement Legault semble être la suivante : laisser Ottawa ramasser le gros de la facture et tenter de colmater une partie des mille et une craques des programmes d’aide dans lesquelles s’engouffrent nos concitoyens et concitoyennes, à défaut de bénéficier d’un Revenu universel d’urgence.

Mais pour nous, qu’est-ce que ça change financièrement que l’argent vienne de Québec ou d’Ottawa ? Pas grand-chose. L’argent vient de nos poches et les dettes qu’Ottawa et Québec contractent sont les nôtres. Nous allons payer la facture d’un côté ou de l’autre.

La différence, c’est que lorsque l’argent vient d’Ottawa, on a l’impression qu’il tombe du ciel. Ça donne l’impression à plusieurs qu’il s’agit là d’un cadeau, d’un acte de générosité dont nous sommes chanceux et chanceuses de bénéficier. Cela pourrait nourrir l’illusion que nous dépendons du régime canadien et que sans lui, nous n’aurions pas eu les moyens de traverser cette crise et de soutenir financièrement les personnes subissant des pertes de revenus gigantesques. Toutefois, il n’en est rien.

La cote des pétrolières

Ah, j’oubliais… Il y a une autre différence, majeure celle-là. Quand c’est Ottawa qui fait notre épicerie, vous pouvez être certain que l’industrie pétrolière va avoir sa cote. Il y a un plan de sauvetage de l’industrie pétrolière qui se prépare en ce moment. Ça se fait en catimini parce que c’est gênant, mais inquiétez-vous pas : les multinationales de l’énergie, qui saccagent la nature dans l’Ouest canadien et détruisent les efforts planétaires de lutte aux changements climatiques, ils vont l’avoir, notre argent. Ce ne sont pas toutes les personnes vulnérables qui appellent à mon bureau de circonscription qui peuvent en espérer autant, malheureusement. Le lion prend sa part en premier et les autres se partagent les miettes.

Lorsque le Québec sera indépendant et que ses peuples seront souverains, nous pourrons décider nous-mêmes de ce que nous mettons dans notre panier d’épicerie, dont nous payons la facture de toute façon. La liberté ne garantit pas les bonnes décisions, mais elle les rend au moins possibles. Aujourd’hui, nous décidons collectivement de demander à un pétro-État de faire notre épicerie pour nous. C’est le pire point de départ pour réaliser la transition écologique et économique dont la planète a besoin.

Bref, ne laissons pas les gros sacs d’épicerie canadiens nous impressionner et nourrir l’illusion d’une dépendance à l’égard de nos voisins qui légitimerait de perpétuer notre collaboration à l’exploitation des sables bitumineux. Non seulement sommes-nous capables de nous affranchir du joug politique canadien, mais en plus, cela nous positionnera avantageusement pour exercer une influence écologique positive sur notre continent qui en a bien besoin.