Pour Charles S. Shaver,  la première erreur du Canada était de «ne pas s’être assuré de posséder une quantité adéquate d’équipement de protection individuelle».
Pour Charles S. Shaver,  la première erreur du Canada était de «ne pas s’être assuré de posséder une quantité adéquate d’équipement de protection individuelle».

Le Canada a commis de nombreuses «erreurs» dans la lutte contre la pandémie

POINT DE VUE / La première était de ne pas s’être assuré de posséder une quantité adéquate d’équipement de protection individuelle.

En 2003, la moitié des cas de SRAS à Toronto étaient des travailleurs de la santé. Environ 26 000 palettes d’ÉPI, y compris 55 millions de masques, ont été stockées, mais 80 % ont été éliminées en 2013 et n’ont pas été complètement remplacées. En février dernier, 16 tonnes de visières de protection, lunettes de protection, masques et gants ont été envoyés en Chine. (Steven Chase, Globe and Mail, 25 mars 2020). Notre pays a continué de compter sur la Chine pour la fabrication de la plupart des ÉPI. Une fois qu’une pandémie a été reconnue au début de l’année, il y avait évidemment une pénurie dans notre pays. Il n’est pas surprenant qu’à la fin de mai, environ 17 % des cas liés au coronavirus de l’Ontario se trouvaient chez des travailleurs de la santé.

La deuxième erreur en rétrospective était le traitement des patients des foyers de soins infirmiers, en particulier au Québec et en Ontario. Comme le fait valoir le Dr Nathan Stall, un gériatre chez Sinai Health, (Sue-Ann Levy Ottawa Sun, 26 juin) l’Ontario a choisi de prioriser les secteurs de soins intensifs et a tenté d’empêcher les patients qui reçoivent des soins de longue durée de se rendre aux hôpitaux. Les études antérieures de ces installations ont été ignorées. En conséquence, selon l’ICIS, 81 % des décès attribuables à la COVID-19 au Canada provenaient des établissements de SLD, comparativement à 31 % aux États-Unis et à la moyenne de l’OCDE de 42 %.

Certains changements de politique sont excusables sur la base et de l’évolution des nouveaux renseignements. Cependant, nous étions beaucoup trop lents à suivre les exemples de plusieurs pays qui ont été beaucoup plus agressifs pour traiter la pandémie. 

Les masques étaient couramment utilisés à Taïwan, en Corée du Sud et dans d’autres pays au début de l’éclosion. Mais, ils n’étaient pas recommandés ici. Maintenant, toutes les personnes sont invitées à les porter dans des épiceries, des boutiques et d’autres endroits où l’éloignement physique est impossible. Ils sont requis pour les systèmes de transport en commun à Toronto, Montréal, et à Ottawa, et par 80 pays, 18 États, le District de Columbia et plusieurs villes aux États-Unis. 

Maintenant, les différences dans les résultats sont assez impressionnantes. Alors que les États-Unis (population de 328 millions) ont eu 2,7 millions de cas et 129 000 décès, le Canada (population de 37,6 millions) a eu 104 000 cas et 8 600 décès, Taïwan (population de 23,8 millions) n’a eu que 448 cas et 7 décès et la Corée du Sud (population de 51,6 millions a eu 12 900 cas et 282 décès.

Nous ne devrions pas juger nos représentants de la santé publique trop sévèrement, car des revirements similaires se sont produits fréquemment dans la science.

Cependant, je ne laisserais pas beaucoup de marge de manœuvre à plusieurs politiciens. Certains minent les recommandations en matière de santé publique par leurs paroles et/ou leurs actions.

À une époque où les Canadiens étaient invités à rester à la maison et que le gouvernement du Québec limitait les voyages dans cette province, Justin Trudeau a passé la fin de semaine de Pâques avec sa famille au Harrington Lake et a fièrement diffusé des photos. Récemment, bien qu’il ait été bien intentionné, il a participé à de grandes manifestations bien serrées.

Le président américain Donald Trump refuse de porter un masque et a plaidé pour «ralentir les tests», ce qui contredit les conseils judicieux du Dr Anthony Fauci et de tous les experts mondiaux en santé publique. Son vice-président, Mike Pence, responsable du groupe de travail sur la pandémie à la Maison-Blanche, a revendiqué contre une exigence fédérale pour les masques et l’éloignement physique en déclarant : «Je tiens à vous rappeler de nouveau que la liberté de parole et le droit de se réunir pacifiquement font partie de la Constitution des États-Unis. Même en cas de crise de santé, le peuple américain ne renonce pas à ses droits constitutionnels.» (Charles P. Pierce, Esquire, 26 juin 2020)

Pire encore, Trump a choisi des zones de «points chauds» comme Tulsa et Phoenix pour tenir des réunions avec des milliers de personnes. Peu de gens portaient des masques. Récemment, il a été constaté que l’aréna de Tulsa avait placé des autocollants «Ne pas s’asseoir ici, s’il vous plaît» sur tous les deux sièges afin d’améliorer la sécurité et prévoir l’éloignement physique. Cependant, des milliers ont été retirées par le personnel de la campagne de Trump! (Kelly Mena, CNN, 27 juin 2020).

Le livre, La grande grippe par John M. Barry est très pertinent. La deuxième vague plus virulente de la «grippe espagnole» revenait aux États-Unis depuis l’Europe. Les politiciens avaient organisé un défilé Liberty Loans à Philadelphie, en Pennsylvanie, le 28 septembre 1918. Des experts en santé publique et de nombreux médecins ont demandé par écrit que l’événement soit annulé, mais les politiciens de la ville les ont rejetés. Environ 200 000 personnes y ont participé. Cependant, en quelques semaines, 12 000 personnes étaient décédées. La morgue de la ville n’avait qu’un espace pour 36, alors il y a eu un retard considérable dans l’enterrement des corps.

Le fait de ne pas conduire en état d’ébriété, de porter des ceintures de sécurité et de ne pas fumer dans les avions ou les restaurants sont devenus acceptés et ne sont plus perçus comme des enjeux politiques. Malheureusement, Donald Trump a fait un tel enjeu politique avec le port du masque et l’évitement des grands rassemblements. 

Espérons que les gouverneurs américains, les premiers ministres canadiens et les autres politiciens tireront des leçons du passé et tiendront compte des conseils des experts en santé publique tout en reconnaissant que cela peut être mis à jour et révisé.

Il y a un certain espoir. Le gouverneur de New York Andrew Cuomo et ses homologues du New Jersey et du Connecticut ont fait un travail digne de mention pour réduire la courbe de la pandémie. Mitch McConnell, chef de la majorité au Sénat et Mike Pence, vice-président, ont récemment approuvé l’utilisation des masques.

Nous devons nous rappeler des paroles de George Santayana : «Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter.»

Charles S. Shaver, médecin à Ottawa, est né à Montréal. Il est diplômé de l’Université Princeton et de la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins. Il a été président de la Section sur la médecine générale interne de l’Association médicale ontarienne (Section on General Internal Medicine of the Ontario Medical Association).

Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.