Le problème avec les différentes façons de rapporter le niveau d’apprentissage de l’élève est qu’elles ne mettent pas en lumière ce qui va et, surtout, ce qui ne va pas dans ses apprentissages, écrivent les auteurs de cette lettre d'opinion.

Le bulletin d’Alice au pays des merveilles

La récente sortie du rapport «Évaluer pour que ça compte vraiment» du Conseil supérieur de l’éducation et le débat médiatique qui s’en est suivi nous ont poussés à réfléchir au bulletin scolaire idéal sous l’angle des preuves d’apprentissage qu’il devrait contenir. Existe-t-il, ailleurs que dans notre imagination de spécialiste, un outil de communication rêvé qui puisse faire le lien entre l’école et la maison?

D’abord, les bulletins avec pourcentages. Si faciles à comprendre pour les parents, qui les ont eux-mêmes connus enfants, ils ont malheureusement leurs travers. À quoi peut-on en effet associer, dans le concret, la différence de performance entre l’élève qui a 73 % et celui qui a 74 %? Est-ce là une différence réelle d’apprentissage ou plutôt la conséquence d’un manque de précision de l’évaluation? Des études déjà anciennes nous poussent à opter pour la seconde explication.

Hélas, ce n’est pas rose du côté des cotes (A), des chiffres (1 pour très bien réussi) et… des émoticônes (bonhomme souriant). En quoi, par exemple, un verdict de D, de non-réussite ou de bonhomme triste serait-il moins anxiogène ou nuisible sur le plan de la motivation pour un élève qu’une note de 52 %? Qui plus est, y a-t-il réellement lieu de croire que ces approches puissent évacuer de l’école toute logique de classement entre les élèves? L’élève qui cumule les A ou les bonshommes souriants demeurera, comme avec les pourcentages, en tête de liste…

Mais par-dessus tout, le problème avec ces différentes façons de rapporter le niveau d’apprentissage de l’élève est qu’elles ne mettent pas en lumière ce qui va et, surtout, ce qui ne va pas dans ses apprentissages. Dire qu’Alice, par exemple, a eu 63 % en mathématique ou se développe avec certaines difficultés (cote C) au regard de la compétence Communiquer ne renseigne en rien ses parents sur ce qu’il y a à faire pour la soutenir et la mener sur la voie de la réussite.

Il reste alors le bulletin où l’enseignant est appelé à dresser, sous la forme d’un commentaire personnalisé en style libre, le portrait des forces et des difficultés de l’élève. Si cette façon de faire pourrait avoir du bon à l’éducation préscolaire 5 ans où l’enseignant côtoie jour après jour les mêmes 20 enfants, peut-on espérer en faire de même au secondaire où les enseignants enseignent à plus d’une centaine d’élèves? Bien sûr que non! Et que dire du casse-tête que pourrait causer un tel type de bulletin au moment de l’admission au CÉGEP ou à l’université?

En cette semaine de relâche où il y a un congé bien mérité d’évaluation pour les élèves et les enseignants, nous le confirmons : ici au Québec, loin du pays des merveilles, le bulletin scolaire idéal, tout niveau scolaire confondu, n’existe pas! Et quelle serait la solution pour le jour où il sera souhaité de repenser notre système d’évaluation? Il s’agirait, à notre avis, de mettre en place un bulletin pour le préscolaire (ce qui se fait déjà), un pour le primaire et un pour le secondaire où les commentaires personnalisés, les cotes et les pourcentages pourraient servir là où ils sont les plus à propos.

Marie-Hélène Hébert, professeure en mesure et évaluation, Université TÉLUQ

Eric Frenette, professeur en mesure et évaluation, Université Laval