La refonte totale du réseau du RTC autour d’une ligne de tramway (photo) et des axes de trambus s’affiche comme une réponse efficace aux problèmes de déplacements devenus criants dans la grande région de Québec, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

L’avenir de Québec passe par la mobilité durable

Le rapport du GIEC publié lundi nous rappelle l’urgence de la question climatique. Il ne fait désormais plus aucun doute que l’industrialisation de ces dernières décennies laissera une empreinte indélébile pour les générations à venir. L’enjeu n’est plus de savoir comment arrêter ce cercle vicieux, mais plutôt comment en limiter les effets sur le long terme. À chaque nouvelle étude, l’échéance semble se rapprocher inexorablement.

Alors qu’il y a encore quelques années nous parlions d’une augmentation des températures de + 1,5°C à + 2°C sur un siècle, aujourd’hui il est seulement question de 30 ans. Quelques degrés qui peuvent paraître dérisoires si l’on ignore le fait qu’ils vont conduire à la fonte totale de la banquise une fois par décennie ou bien encore à l’exode de dix millions de personnes, causé par la montée des eaux.

Alors que nous attendons toujours une réponse mondiale, chaque initiative est une pierre de plus à l’édifice. Chacun d’entre nous peut agir, tant dans la modification de ses habitudes quotidiennes que sur le plan politique. Il en va de la survie de notre écosystème. Toujours recourir à son véhicule personnel, le plus souvent en autosolo, n’est certainement pas un comportement écoresponsable. Pour encourager ce changement, il est devenu nécessaire de proposer une offre de mobilité durable de qualité dans une ville comme Québec, l’une des dernières à n’avoir toujours pas concrétisé un projet d’envergure dans ce domaine.

Alors que l’administration du maire Labeaume a su donner une nouvelle impulsion à ce dossier en présentant en mars dernier un réseau structurant de transport en commun, l’élection de ce mois-ci semble avoir profondément redistribué les cartes. En effet, nous apprenons que la CAQ souhaite désormais lier son financement à celui d’un troisième lien.

Cette annonce illustre bien à quel point il existe une réelle méconnaissance des enjeux au sein de l’équipe de François Legault. 

Lier le sort d’un projet de mobilité durable à celui d’une liaison autoroutière supplémentaire Lévis-Québec, digne d’un autre siècle, est une aberration. Rappelons que le troisième lien pimente la vie politique locale depuis 70 ans. En 1968, il avait même été intégré au plan démesuré des ingénieurs Vaudry et Jobin qui prévoyait de faire de notre ville une autoroute à ciel ouvert. Bien qu’inachevé, il laisse derrière lui un lourd héritage, tant par son empreinte dans l’espace urbain que par ses coûts d’entretien, qu’il est inutile de venir enrichir.

Toutes les études le démontrent. La construction d’une route supplémentaire conduit inexorablement à la hausse de la circulation automobile. Ce phénomène a même un nom, le trafic induit. L’hypothétique troisième lien n’échappera pas à cette règle, et ce, quels que soient les modes de propulsion des véhicules de demain. Contrairement aux idées reçues, le bilan carbone d’un véhicule électrique n’est guère plus satisfaisant que celui des carburants conventionnels. Cela n’est pas la voie vers laquelle nous devons nous diriger.

La refonte totale du réseau du RTC autour d’une ligne de tramway et des axes de trambus s’affiche comme une réponse efficace aux problèmes de déplacements devenus criants dans la grande région de Québec. Il est nécessaire de saisir cette opportunité pour permettre à notre cité de rentrer, enfin, dans la modernité. Le temps est venu de miser sur l’avenir en léguant aux prochaines générations un milieu de vie plus convivial.

Pour l’heure, notre maison brûle et nous regardons (toujours) ailleurs.

Mathis Navard, étudiant, Québec