L’austérité 2.0 ou de meilleurs services ?

POINT DE VUE / Chaque fois que vient le temps de négocier les conditions de travail de ses employés, le gouvernement prétend que les coffres sont vides. Difficile de recourir à ce prétexte cette fois-ci. Non seulement l’économie québécoise tourne à plein régime, mais les finances publiques affichent des résultats nettement positifs.

De fait, Québec affiche d’importants surplus depuis quatre ans, dont un sommet de 7,9 milliards l’an passé. Les surplus étaient près de neuf fois supérieurs aux prédictions initiales du ministère des Finances. Pour l’année en cours, Québec table sur un surplus avoisinant les 2,5 milliards. En date du 27 septembre, le gouvernement révélait avoir engrangé 1,5 milliard pour le seul premier trimestre de l’année!

Le ministre des Finances, Éric Girard, semble en fait recycler une stratégie utilisée par Carlos Leitão avant lui : sous-évaluer ses surplus en début d’année afin d’amoindrir les sommes qui pourraient être réinvesties. On dira qu’il est toujours bon de se montrer prudent dans la gestion des finances publiques et que cette prudence est d’autant plus justifiée quand il s’agit d’excédents conjoncturels.

Pourtant, selon une étude du fiscaliste Luc Godbout (Université de Sherbrooke) parue en juin dernier, les deux tiers des surplus enregistrés l’an passé ne sont pas dus à des phénomènes passagers – la bonne tenue de l’économie par exemple –, mais bien à la structure même du cadre financier gouvernemental. En clair : l’État aurait pu, l’an dernier, rehausser son niveau de dépenses de cinq milliards sans compromettre l’équilibre à long terme des finances publiques.

La question n’est donc pas de savoir si le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre pour mieux financer les services à la population et pour améliorer les conditions de travail de celles et ceux qui y travaillent, notamment dans le réseau de la santé et des services sociaux. La question est plutôt de savoir ce qui retient le gouvernement de passer à l’action pour atténuer au maximum les effets néfastes des compressions budgétaires passées.

Surtout qu’en termes de marge de manœuvre, c’est le gouvernement qui décide lui-même de se priver d’importants revenus chaque année en versant quelque trois milliards de dollars au Fonds des générations. À l’origine, ce Fonds avait un objectif clair : faire en sorte que la part de la dette québécoise ne représente plus que 45 % du PIB de la province d’ici 2025-2026. Un objectif qui sera atteint dès l’an prochain! Dans les circonstances, le gouvernement aurait tout le loisir de suspendre les versements à ce Fonds. 

Le hic, c’est que Québec s’entête à poursuivre des transferts à coup de milliards de dollars dans ce fonds plutôt que d’utiliser l’argent des contribuables là où des besoins criants existent. C’est un choix politique qui se distingue bien mal de ceux du précédent gouvernement. Est-ce un choix qui rallie la population, elle qui souhaite une amélioration tangible du réseau de la santé et des services sociaux et, par le fait même, d’avoir accès à des soins et des services de qualité, sécuritaires et accessibles? Il est manifestement permis d’en douter.

Que le gouvernement veuille mettre de l’avant son propre programme et remplir ses engagements électoraux est compréhensible. Ce qui l’est beaucoup moins, par contre, c’est qu’il se fasse tirer l’oreille pour utiliser la bonne santé des finances publiques afin d’améliorer concrètement la situation dans le réseau, à commencer par les conditions de travail de ceux et celles qui prodiguent les soins et les services à la population. À moins que l’austérité soit toujours à l’ordre du jour gouvernemental pour celles et ceux qui ont déjà été « durement éprouvés », quoi qu’en dise le premier ministre.

Carolle Dubé est présidente de l’APTS

Nancy Bédard est présidente de la FIQ