Alexandre Taillefer

L’appétit insatiable du «dragon» Taillefer

En marge de notre dure réalité, il existe un univers parallèle, pratiquement inaccessible, mais incroyablement doux dans lequel l’argent des contribuables pousse dans les arbres et les changements réglementaires ou législatifs sont servis rapidement sur un plateau d’argent. Cet univers est habité par un «dragon» nommé Alexandre Taillefer.

Depuis qu’il est atterri derrière le volant d’un Téo Taxi, il a obtenu cinq millions $ du fonds provincial de modernisation, dévorant ainsi 75 % de toutes ces sommes destinées à l’industrie du taxi. La Caisse de dépôt et d’autres ont aussi injecté 17 millions $ dans Téo, lors d’une deuxième ronde de financement. Comme si ces sommes ne suffisaient pas à faire rouler une simple entreprise de taxis, les gouvernements du Québec et du Canada lui ont consenti un prêt de cinq millions $. L’appétit du «dragon» est insatiable et le désir du gouvernement à le servir semble sans limites.

Changements réglementaires

En plus de ces avantages financiers, Alexandre Taillefer a bénéficié de pratiquement tous les changements législatifs et réglementaires qu’il voulait pour s’imposer dans le marché montréalais. Il veut louer des permis au lieu de les acheter, pas de problème. Il veut répartir ses permis sur plus d’un véhicule dans une même journée, oui patron! Il veut des véhicules et des lanternons qui dérogent aux règles en place, on change ça tout de suite. Il veut prendre des courses hélées (sans app) à Montréal-Trudeau sans passer par la loterie imposée à tous les détenteurs de permis, voilà. Certaines voitures de Téo devraient recevoir des constats d’infraction parce qu’elles sont en mauvais état, on oublie ça. Bref, pour Alexandre Taillefer, le gouvernement du Québec est plus qu’un ami, c’est un majordome qui prend les désirs du dragon pour des ordres.

Pendant ce temps, les taxis de Montréal et Québec demandent depuis des années qu’on opère de simples changements. Ils attendent toujours. Les taxis de Québec ont suggéré il y a plus de deux ans qu’on fusionne certains territoires urbains de taxi dans la capitale pour pouvoir mieux servir, notamment, le centre Vidéotron et les bateaux de croisières. Aucun mouvement depuis deux ans. Cette mesure qui ne coûte rien serait bénéfique pour le client, le chauffeur et la planète en éliminant les courses à vide! Pas de réponse.

Toujours à Québec, l’application mobile Taxi Coop fait l’unanimité grâce à ses fonctions plus avancées même que l’app d’Uber. Un projet de plus de 500 000 $ fait par des gens d’ici, sans aucune subvention, investissement ou prêt public! Pourtant, le gouvernement tarde encore et toujours à en approuver certains éléments.

Fonds de modernisation de 44 millions $

Le gouvernement, pour calmer la grogne, a promis en décembre 2017 un nouveau programme de modernisation de 44 millions $ pour l’industrie. À deux semaines de la fin de la session parlementaire, pas un seul dollar de cette somme n’a été décaissé. Des milliers de propriétaires de taxi et plusieurs intermédiaires espèrent obtenir une partie de ce fonds pour : moderniser les centrales d’appels, développer et implanter une image de marque, bonifier leur application mobile, rafraîchir la flotte… Pendant ce temps, Téo nage dans l’argent public et Uber continue de ravager l’industrie.

Les détenteurs de permis de taxi à Québec et Montréal ont perdu au moins 500 millions $ dans le laboratoire gouvernemental à ciel ouvert consacré à Uber et Taillefer. Visiblement, ces milliers de simples contribuables n’ont pas toujours ce qu’il faut pour pouvoir pénétrer le doux univers d’Alexandre Taillefer. Le simple père de famille venu d’un autre pays, qui trime dur dans le but que ses enfants aillent une meilleure vie que la sienne, celui-là il ne compte pas, qu’il retourne travailler. L’univers où l’argent public pleut n’est pas pour lui, trop simple mortel. Cet univers parallèle, bâti par le gouvernement de Philippe Couillard, ne semble accessible qu’aux amis et aux multinationales sans foi ni loi.

Michel Aboujaoudé, François Cyr et George Boussios, porte-parole, TGM

Abdallah Homsy, porte-parole, RITQ