L’alliance APTS-FIQ interpelle le ministre Dubé pour un réseau public fort

Andrée Poirier
Andrée Poirier
Présidente de l’APTS
Nancy Bédard
Nancy Bédard
Présidente de la FIQ
POINT DE VUE / Ces cinq derniers mois ont brutalement rappelé le caractère essentiel pour le Québec d’un réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) public et fort. Si la pandémie a mis en lumière des zones de fragilité du réseau, notamment dans les CHSLD, elle a nous a aussi rappelé la nécessité d’investir dans ce réseau et d’améliorer les conditions de travail de son personnel.

C’est parce que les syndicats défendent ce réseau public bec et ongles que nous avons évité une véritable catastrophe sanitaire. Nous sommes passés à travers cette crise grâce à la compétence et à l’engagement de nos membres. 

Aujourd’hui plus encore, il revient au gouvernement de garantir à notre réseau les fonds nécessaires pour assurer un service public de qualité et fournir les ressources vitales pour affronter toute nouvelle crise. L’étude des crédits du ministère de la Santé et des Services sociaux constituera donc un exercice déterminant dans la planification des dépenses, mais aussi dans la reddition de comptes pour l’ensemble du réseau qui est sous sa gouverne. Alors que la pandémie perdure et qu’une seconde vague est à craindre, l’exercice de cette année s’avérera crucial. Nous avons besoin d’un soutien sans faille pour prendre soin des patient·e·s et des usager·ère·s de nos services de santé et nos services sociaux.

En ce sens l’alliance APTS-FIQ, réunissant plus de 131 000 professionnel·le·s en soins, professionnel·le·s et technicien·ne·s en santé et services sociaux du RSSS, attend des parlementaires qu’une attention toute particulière soit portée à cet exercice. Il en va de la santé des Québécoises et des Québécois qui comptent sur un système de santé opérationnel, adéquatement préparé au risque d’une seconde vague et préparé à toute autre crise sanitaire.

Travailler à se rendre malade, c’est terminé

La crise a exposé l’impact des réformes successives, ainsi que des mesures d’austérité sur les travailleuses du réseau — il faut bien le souligner, le RSSS est composé à plus de 80 % de femmes. Au cours des 15 dernières années, elles ont vu leur pouvoir d’achat diminuer continuellement, et leur charge de travail augmenter inlassablement, tant et si bien que les situations de surcharge de travail sont désormais monnaie courante. Cette situation est inacceptable. Leur santé physique et mentale s’érode de jour en jour, et les maladies professionnelles qui en découlent nous ont privés d’une main-d’œuvre qui aurait été des plus nécessaires pendant la crise. Avant la pandémie, plus de 13 000 personnes en équivalence à temps plein étaient en invalidité. L’alliance APTS-FIQ appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités et exige l’ajout de solutions dans le cadre des négociations pour le renouvellement des conventions collectives.

Le personnel du RSSS constitue près de 25 % des personnes ayant un diagnostic de COVID-19. À Montréal seulement, on parle de plus de 6 200 personnes qui ont contracté le virus. Nous revendiquons l’accès à l’équipement de protection individuelle nécessaire et des mesures sanitaires claires et précises pour éviter que ce scénario ne se reproduise lors d’une deuxième vague.

Des réponses rapides et énergiques doivent être apportées par le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, aux préoccupations que nous avons maintes fois exprimées :

- Quelles actions entend-il mettre en œuvre pour renforcer le caractère public du réseau ? 

- Reconnaît-il l’écart salarial dont sont victimes les salarié·e·s du RSSS, qui atteint plus de 20 % lorsque l’on compare leur rémunération à celle de leurs collègues des sociétés d’État ? 

- Que fera-t-il pour combler cet écart et ainsi offrir des conditions de travail attrayantes, qui permettront une meilleure rétention du personnel et une diminution de la surcharge de travail ? 

- Travaillera-t-il avec son collègue Jean Boulet pour déclarer le secteur de la santé et des services sociaux prioritaire en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail en raison de l’augmentation fulgurante du nombre d’accidents et de lésions professionnelles chez les salarié·e·s ? 

- Peut-il garantir un budget suffisant pour assurer à nos membres qu’elles et ils pourront avoir accès, sans aucune restriction, à l’équipement de protection individuelle nécessaire à la réalisation de leur travail en prévision d’une deuxième vague de COVID-19 ?

- Prend-il l’engagement de ne pas sabrer dans les services de santé et les services sociaux dans les années à venir pour financer ces mesures ?

Mesdames et Messieurs les parlementaires, ces questions sont autant d’enjeux qu’il vous revient de résoudre. Les 131 000 membres de l’alliance APTS-FIQ ainsi que la population du Québec comptent sur vous.