L’agriculture mondialisée, industrialisée, intensive est la pire des solutions !

Roméo Bouchard
Roméo Bouchard
Co-fondateur de l’Union paysanne
POINT DE VUE / En réaction au Point de vue «L’agriculture locale et bio est-elle vraiment meilleure pour l’environnement ?» de M. Serge-Étienne Parent paru le 6 août.Difficile de trouver un ramassis aussi complet de faussetés et d’affirmations gratuites ou incomplètes que cet article.

Difficile de trouver une meilleure illustration de la mentalité pseudo-scientifique, au service de l’agro-business, dont se nourrit la seule faculté d’agronomie francophone au Québec et en Amérique, celle de l’Université Laval.

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Difficile de trouver plus ridicule que cet ingénieur civil qui se proclame ingénieur agroécologique et semble plus habile à construire des moulins à vent qu’à comprendre les rouages agronomiques, économiques et politiques de l’agriculture actuelle.

La guerre des études «scientifiques»

Il serait trop long de lui répondre en détail, car chaque ligne est un sophisme qui ne repose sur aucune donnée ou étude qui ne puissent être contredites par d’autres toutes aussi crédibles ou préjugées. Ce jonglage avec des études non vérifiées, non qualifiées et incomplètes dans les variables utilisées ne conduit nulle part. L’expérience terrain vaut bien des études. Et au Québec, nous avons d’excellents exemples de l’efficacité globale de l’agriculture biologique, comme Yves Gagnon, Denis Lafrance, Jean-Martin Fortier, nos céréaliers biologiques, nos producteurs laitiers biologiques, l’Institut national d’agriculture biologique de Victoriaville, même l’INRA (Institut national de recherche en agriculture), le travail de l’Union paysanne, sans parler des experts américains et européens de l’agriculture écologique. On n’en est plus au «fantasme biologique», mais à une agriculture hautement professionnelle, futuriste même.

Disons qu’un jardinier-maraîcher comme Jean-Martin Fortier obtient des rendements à l’hectare (profits nets) des dizaines de fois supérieurs à ceux des cultures conventionnelles, et cela, sans compter l’économie des coûts environnementaux, des coûts de santé et de chômage qu’il assume, contrairement aux producteurs conventionnels, ni le fait qu’il n’ait pas droit à une grande partie des soutiens financiers auxquels ont droit les producteurs industriels.

La fable des rendements

La position de base de cet article de Serge-Étienne Parent est que l’agriculture industrielle intensive mondialisée demeure la meilleure solution pour répondre aux besoins de la population mondiale. Cette position est indéfendable. La notion de rendement en agriculture conventionnelle est un peu comme la notion de PIB en économie conventionnelle : le PIB ne tient pas compte de la répartition de la richesse produite, le rendement agricole ne tient pas compte des coûts environnementaux et sociaux d’un modèle agricole. Augmenter les rendements au prix d’une dégradation massive des écosystèmes, du climat, de la santé et de l’occupation du territoire est un mauvais calcul. Estimer que l’agriculture intensive est plus écologique parce qu’elle tire plus de rendements sur des espaces cultivés plus petits que l’agriculture biologique, c’est fermer les yeux sur les dommages irréversibles que cause l’agriculture chimique intensive mondialisée à la vie des sols, aux cours d’eau, à la biodiversité, au réchauffement climatique, à la santé publique, à l’occupation dynamique du territoire, à la santé et à l’autonomie des agriculteurs, à la souveraineté des peuples, etc.

Pour ce qui est de favoriser une diète végétale avec moins ou pas du tout de viande, tout le monde est d’accord présentement que les élevages doivent diminuer, car ils exigent 15 fois plus d’espaces cultivés que la diète végétale. Une augmentation exponentielle de la consommation de viande telle que celle qui se produit aujourd’hui est insoutenable.

L’illusion de la diète végétale

Cependant, l’équilibre à garder n’est pas aussi simple que le prétendent les militants véganes ou animalistes. 1. Toutes les terres ne sont pas propres à la culture de céréales, de légumes ou de fruits: certaines ont intérêt à servir de pâturages. 2. Les terres cultivables elles-mêmes ont besoin de fertilisation, et une certaine quantité de fumier demeure essentielle à long terme pour une fertilisation naturelle, sans intrants chimiques. Les maraîchers bio sont présentement dépendants pour la plupart des fumiers importés des fermes d’élevage, même conventionnelles. 3. Les protéines de la viande demeurent une composante difficile à remplacer au quotidien adéquatement dans plusieurs territoires, notamment les pays nordiques. 4. Enfin, une diète végétale devient dans beaucoup de milieux une sorte de luxe qui oblige à recourir à des aliments importés coûteux monétairement et écologiquement. Le bon sens, c’est que l’homme se nourrisse, se loge et se vêtisse à partir de ce qu’il peut trouver dans son environnement, donc localement: au total, sa diète a intérêt à demeurer foncièrement indigène. En d’autres mots, le véganisme n’est pas une solution magique. Quant à l’animalisme, il relève davantage de la philosophie et de la religion que de la raison quant à moi.

Le scandale des universitaires inféodés

Pour ma part, je trouve inacceptable qu’un professeur universitaire subventionné par les fonds publics (Conseil de recherches en sciences et génie du Canada) se mette sans vergogne au service des multinationales agroalimentaires qui détruisent les écosystèmes naturels et humains par les cultures intensives, plutôt qu’au service des agriculteurs écologiques et paysans qui peinent ici comme ailleurs à réinventer une agriculture diversifiée qui mise sur ces mêmes écosystèmes.