L’agonie de la bouteille de bière consignée

POINT DE VUE / Ainsi donc la consigne des contenants de verre revient à l’avant-scène. Les chroniques et lettres d’opinion qui en font l’éloge sont de plus en plus nombreuses. On s’indigne de voir que les bouteilles de vin déposées dans les bacs de recyclage se retrouvent trop souvent dans les sites d’enfouissement.

Pendant qu’on discute de la consigne de la bouteille de vin, par exemple, les grands brasseurs sont en train de faire disparaître en douce la bouteille brune décapsulable, tout comme les compagnies de boissons gazeuses et les laiteries qui ont fait disparaître les contenants à remplissages multiples au cours des dernières décennies. N’oublions pas que la bouteille brune est l’ancêtre de toutes les consignes et elle a prouvé son efficacité absolue en cours des décennies.

Au syndicat des Teamsters, nos confrères et consoeurs de la brasserie Molson à Montréal ont mené une bataille il y a trois ans pour sauver la bouteille brune décapsulable. À l’époque, le gouvernement libéral nous avait ignorés. C’est au tour du gouvernement caquiste de nous mettre des bâtons dans les roues puisqu’il a ni plus ni moins aboli la pénalité que Recyc-Québec imposait aux brasseurs qui produisent plus de 37 % de bière en canette. Cette entente avait pour but, rappelons-le, de décourager les brasseurs de vendre de la bière dans des contenants moins écologiques.

Désormais, c’est près de 60 % de la bière qui est vendue en canette et les choses ne vont pas en s’améliorant: la bouteille brune décapsulable est aujourd’hui à l’agonie.

Pourtant, toute analyse sérieuse démontre que la bouteille brune est supérieure à la canette. Elle fait travailler des centaines de salariés qui paient taxes et impôts, bref qui contribuent à la bonne santé économique de notre province. Elle ne se retrouve pratiquement jamais dans les bacs de recyclage et dans les sites d’enfouissement. Elle peut être réutilisée jusqu’à 17 fois, pour être ensuite concassée et fondue afin d’en faire une nouvelle bouteille ici même dans la région montréalaise. Des pays européens, dont le Danemark, ont fait preuve de leadership et de vision puisqu’ils ont pratiquement aboli la canette au profit de la bouteille brune.

La canette, pour sa part, se retrouve près du tiers des fois dans les sites d’enfouissement. Elle est fabriquée et recyclée à l’extérieur du Québec, ce qui ajoute à son empreinte environnementale. Bref, rien pour réjouir nos jeunes qui descendent dans les rues par dizaines de milliers pour nous sensibiliser à l’augmentation des gaz de serre!

Qu’on parle de mettre en place de nouvelles consignes est une excellente idée, mais que diriez-vous d’abord de sauver l’ancêtre des contenants consignés, celui qui a prouvé hors de tout doute son efficacité ?

Exigeons des brasseurs, et du gouvernement, qu’ils prennent leurs responsabilités écologiques et sociales. Sauvons la bouteille de bière brune décapsulable puisqu’elle en vaut la peine.

* Représente les intérêts de plus de 1000 travailleurs-euses dans l’industrie brassicole au Québec