L'auteur questionne notamment qui a autorisé et toléré le stationnement du convoi de la mort dans un endroit non surveillé à Nantes, avec une locomotive en marche non verrouillée, en haut d’une des plus importantes pentes du Canada?

Lac-Mégantic: il nous reste bien des questions

Au terme de ce long procès, la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic est satisfaite du verdict de non culpabilité rendu par le jury du fait qu’elle a toujours considéré que le conducteur de train Thomas Harding, son collègue contrôleur ferroviaire Richard Labrie et le directeur de l’exploitation Jean Demaître n’étaient pas criminellement responsables de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013 ayant causé la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic.

La Coalition des citoyens a toujours prétendu que ces trois employés du rail ne sont en fait que de simples acteurs impliqués au cœur d’un scénario d’affaires concocté en plus hauts lieux. Une opération de transport de train bloc de pétrole, effectuée dans un contexte de rationalisation excessive des coûts, visant en fait à assurer un bénéfice maximal aux hauts dirigeants et aux actionnaires des compagnies pétrolières et ferroviaires impliquées!

Pour la Coalition, la cause première de cette tragédie meurtrière relève plutôt d’un manque flagrant de vigilance systémique émanant de plusieurs grands acteurs issus des secteurs pétroliers, ferroviaires et gouvernementaux. À ce chapitre, d’importants éléments circonstanciels et d’importantes questions qui en découlent n’ont pas été abordés au cours de ce long procès qui vient de se terminer à Sherbrooke :

- Qui a organisé et financer le transport non sécuritaire de ce pétrole de schiste du Dakota hautement inflammable, mais classifié comme non inflammable lors de son chargement dans des citernes DOT-111, reconnues-elles comme très peu sécuritaires?

- Qui a conclu et signé le contrat de transport, confiant ce dangereux convoi à la MMA, une compagnie dont la réputation de négligence était pourtant établie de longue date?

- Qui a facilité et permis à la MMA, l’application sans conditions suffisantes d’une dérogation permettant l’opération d’un train transportant du pétrole brut avec un seul employé, sur un tronçon de chemin de fer considéré en très mauvais état?

- Qui a autorisé l’utilisation d’une locomotive défectueuse et de trois autres non conformes, pour le  transport de six millions de litres de pétrole faussement identifié?

- Qui a enfin autorisé et toléré le stationnement de ce convoi de la mort dans un endroit non surveillé à Nantes, avec une locomotive en marche non verrouillée, en haut d’une des plus importantes pentes du Canada?

Pour la Coalition des citoyens de Lac-Mégantic, ce n’est ni à Tom Harding, ni à Richard Labrie et ni à Jean Demaître d’assumer en boucs émissaires les conséquences judiciaires de décisions douteuses prises en plus hauts lieux pour la seule quête avide de profits.  

Selon Bruce Campbell (ex-directeur du Centre canadien des politiques alternatives), les déterminants majeurs de cette tragédie sont attribuables à une dérèglementation excessive des règles de la sécurité ferroviaire au pays, associée à une rationalisation soutenue des ressources humaines chez Transports-Canada. 

Dans plusieurs de ses écrits, M. Campbell fait référence à un processus d’érosion de la règlementation ferroviaire enclenché depuis le début des années 1980 par plusieurs gouvernements fédéraux successifs.

Malgré ce constat très accablant, bientôt cinq ans après la tragédie, Transports-Canada autorise encore la CMQR (qui a acquis les actifs de la défunte MMA) à stationner et à trier ses convois transportant des matières dangereuses sur la même pente au même endroit à Nantes d’où est parti le train de la mort, le 6 juillet 2013. Pourtant Transports-Canada est très au fait que douze kilomètres plus bas au centre-ville de Lac-Mégantic, on a reconstruit la funeste courbe où a déraillé ce train de la mort avec un angle encore plus prononcé (8 degrés) qu’avant la tragédie de 2013 (4,25 degrés). Une tolérance inamissible face trois facteurs de risque pourtant mis en cause par le BST, lors de la tragédie de 2013.  

Dans les faits, malgré ce que prétend le ministre des Transports Marc Garneau, très peu de choses ont véritablement changé à Lac-Mégantic depuis la tragédie de 2013. D’importants facteurs de risques non corrigés sont encore tolérés par la CMQR et par Transports-Canada. Alors, pouvez-vous imaginer ce qu’il peut en être ailleurs au Canada! Malgré la publication depuis 2014 de trois rapports accablants de la Santé publique portant sur les problématiques d’insécurité et d’anxiété persistantes qui affligent les Méganticois, l’étude du projet de Voie de contournement tant espéré par la population traîne en longueur année après année.

C’est à croire que nos politiciens font du sur place dans l’unique but de faire perdre tout espoir à une population profondément affaiblie et désillusionnée. Pour plusieurs Méganticois, le comportement des politiciens fédéraux est loin d’être digne de la réputation que s’est taillée autrefois le Canada en matière d’aide humanitaire à l’étranger. Alors, pourquoi traite-t-il ainsi sa propre population?

Dans ce contexte, la population de Lac-Mégantic toujours affligée par l’inaction de l’industrie et des gouvernements devra-t-elle pour se protéger, déposer une injonction ou un troisième recours collectif devant les tribunaux? Devra-t-elle invoquer des préjudices de négligence, pouvant à nouveau entrainer la mort, à l’endroit de la CMQR et du ministre des Transports Marc Garneau? Des préjudices en raison d’importants facteurs de risques liés au triage de wagons en haut de la pente à Nantes en dépit de la reconstruction d’une courbe encore plus prononcée et dangereuse au centre-ville de Lac-Mégantic?

Devra-t-elle invoquer le refus de porter assistance rapidement à une population en danger et en souffrance en raison de la reprise rapide et non sécuritaire depuis janvier 2014 du transport des matières dangereuses au centre-ville non sécurisé de Lac-Mégantic.

Notre premier ministre Justin Trudeau devra-t-il s’excuser encore, mais cette fois-ci pour Lac-Mégantic?

Robert Bellefleur
Porte-parole de la Coalition des citoyens OESF de Lac-Mégantic