Alors que la Loi 122 accorde désormais aux municipalités un rôle majeur dans les politiques de l’habitation, il est plus que temps que la Ville de Québec se dote d’une telle politique afin de parvenir à un rééquilibrage entre les différents types de logement proposés à la population.

La Ville doit se doter d’une politique de l’habitation

La Ville de Québec est dans une belle dynamique : croissance économique, taux de chômage au plancher, attractivité touristique confirmée, tous les indicateurs sont au vert. La récente annonce d’un Réseau de transport structurant a séduit tant la population que les médias. Québec entre dans la modernité et le 21e siècle par la grande porte.

Pour autant, les aménagements nécessaires à l’implantation du réseau structurant vont avoir des impacts importants sur l’équilibre des quartiers. Les promoteurs se partagent déjà les terrains et les tours à condos se multiplient sur les tables à dessin.

Québec doit rester une ville inclusive pour toute sa population. Or, il est notable de constater que si le marché de l’immobilier est en pleine croissance, cela l’est surtout en raison du marché locatif privé. Ainsi, alors qu’il se construisait 710 logements locatifs privés sur la période 2011-2012, ce chiffre grimpe à 1560 unités entre 2015-2016 puis 2718 unités entre 2016-2017 (soit une hausse de 282 % en 6 ans!). Un des résultats les plus visibles est la forte augmentation du taux d’inoccupation avec, notamment, un effet d’entraînement dû à un taux d’inoccupation de 7,7 % pour les logements avec un loyer supérieur à 1100 $ par mois.

Le secteur du logement communautaire et social est représenté par l’Office municipal, le réseau des OSBL et celui des coopératives d’habitation. Actuellement, ces trois réseaux gèrent collectivement plus de 18 100 logements, soit 7,3 % des logements à Québec.

Or, les familles à faible revenu, les aînés avec des petites pensions et des besoins en services, les personnes vivant avec un handicap ou les jeunes sont souvent les locataires au cœur des projets d’habitation communautaire et social.

Le vieillissement de la population suppose d’anticiper les besoins résidentiels évolutifs pour nos aînés. Plusieurs organismes communautaires gèrent déjà de très nombreuses résidences et participent ainsi à l’animation de milieux de vie inclusifs et dynamiques. Les besoins en main-d’œuvre comme la très forte demande de petits logements en raison de l’augmentation du nombre de personnes vivant seules supposent aussi de revoir la diversification de l’offre résidentielle.

Alors que la Loi 122 accorde désormais aux municipalités un rôle majeur dans les politiques de l’habitation, il est plus que temps que la Ville de Québec se dote d’une telle politique afin de parvenir à un rééquilibrage entre les différents types de logement proposés à la population.

La Ville devrait donc prendre l’initiative de mettre en place une table de concertation regroupant l’ensemble des acteurs du logement social et communautaire. Cette table serait notamment alimentée par les données du récent registre partagé pour le logement subventionné à Québec, mis en place le 5 mars dernier. Les données permettraient de connaître précisément les territoires les plus sollicités et donc nécessitant une attention particulière de la part des responsables municipaux.

Nous demandons également à la Ville de Québec de s’engager dans un processus de concertation avec les partenaires du logement abordable, les tables de concertation et les conseils de quartier afin de sonder les attentes de sa population et cerner les grands enjeux de l’habitation. À l’issue de ce processus, Québec pourrait alors définir ses orientations, se fixer des objectifs et proposer des moyens pour les mettre en œuvre.

Marie-Claude Bélanger, présidente

Richard Demers, trésorier, Fédération régionale des OBNL d’habitation de Québec et Chaudière-Appalaches