Les parents d’Alexandre Bissonnette

La sentence d’Alexandre Bissonnette

En réaction au texte « Une peine de mort déguisée croient les parents d’Alexandre Bissonnette» de la journaliste Isabelle Mathieu paru le 22 juin 2018

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu et écouté le témoignage des parents d’Alexandre Bissonnette à la suite des représentations sur la peine de leur fils. Avant toute chose, je tiens à dire que, au même titre que les avocats d’Alexandre, je ne cherche nullement à minimiser les gestes horribles qu’il a posés à la Grande Mosquée de Québec le soir du 29 janvier 2017. Ce qui s’est passé là est une tragédie et j’offre mes plus sincères sympathies aux familles des victimes et ainsi qu’à leurs proches. Un tel drame n’aurait jamais dû se produire.

Cependant, je suis tout à fait d’accord avec les parents d’Alexandre qui affirment que leur fils n’est pas un monstre, mais un jeune homme perturbé, anxieux et dépressif. Je suis persuadée que ses parents et sa famille ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour lui, mais je crois aussi que si Alexandre avait reçu toute l’aide et le support dont il avait besoin en lien avec ses problèmes psychologiques, la terrible tuerie de la Grande Mosquée n’aurait jamais eu lieu.

Malheureusement, comme nous le savons tous, ce terrible événement n’a pu être évité et le meurtrier fait maintenant face à la justice. Il a plaidé coupable à toutes les accusations qui pesaient contre lui et il est maintenant établi qu’il sera condamné à la prison à perpétuité. Ce qu’il reste à savoir c’est s’il sera admissible ou non à une libération conditionnelle et si oui, dans combien de temps. Encore une fois, je soutiens les parents d’Alexandre et ses avocats qui maintiennent que le condamner à 150 ans de prison est en fait «une peine de mort déguisée» qui consiste ni plus ni moins à enfermer le jeune homme avant de jeter la clé! Selon moi, une telle sentence serait abusive et cruelle. Elle ne laisserait aucun espoir à Alexandre de pouvoir un jour sortir de prison, ce qui est en opposition totale avec la mission du système carcéral qui vise certes à punir les criminels, mais aussi à les aider à solutionner leurs problèmes et à les préparer à réintégrer la société lorsque leur sentence est terminée.

À 28 ans, la vie d’Alexandre Bissonnette est brisée et il l’a brisée lui-même en plus d’en briser beaucoup d’autres. Je comprends tout à fait les familles et les proches de ses victimes qui souhaitent qu’il ait la sentence la plus sévère possible, mais d’un autre côté, peu importe le nombre d’années de prison que devra purger Alexandre, cela ne ramènera malheureusement pas ses victimes à la vie. Plus rien ne pourra changer ce qui s’est passé le soir du 29 janvier 2017. Par contre, en dépit de la gravité des gestes qu’il a posés, je crois fermement qu’Alexandre a le droit d’avoir l’espoir d’être un jour libéré. Il doit évidemment être puni pour ce qu’il a fait, mais au-delà du châtiment qui lui sera imposé, je souhaite que son incarcération lui permette de croiser des gens qui pourront l’aider à se reconstruire, à se sortir de ce qu’il a appelé lui-même «le tunnel noir dans lequel je me suis perdu le 29 janvier». Une telle démarche est déjà vouée à l’échec si la sentence qui lui est attribuée ne lui laisse aucun espoir de libération! Pour moi, Alexandre a droit à une deuxième chance et il doit savoir que, malgré tout, il a encore le droit d’être aimé et aidé. Alors, s’il vous plaît, Monsieur le Juge, laissez-lui cette chance de pouvoir espérer un jour repartir à zéro et qui sait, peut-être d’en aider d’autres à ne pas tomber dans le même piège infernal que celui qui l’a conduit à la Grande Mosquée le soir du 29 janvier 2017.

Émilie Dionne-Ouellet, Québec