La psychiatrie à Québec : le silence des dirigeants est inquiétant

Ce que je retiens des nombreux articles sur l’organisation de la psychiatrie dans la région de Québec c’est le silence des dirigeants du CIUSSS face aux questionnements des nombreux intervenants. Particulièrement sur les décisions de fermer les lits de psychiatrie à St-Sacrement et d’en transférer une partie à Robert-Giffard ainsi que le transfert d’équipes de suivi dans la communauté en provenance des CLSC vers l’ancien Robert-Giffard donnant ainsi l’impression de vouloir recréer un nouvel asile qui centraliserait tous les services dans la région, comme dans le temps...

La seule réponse entendue de la direction c’est que l’on allait rajouter des intervenants dans la communauté pour compenser la perte de lits. Aucun détail sur le nombre et le lieu de ce développement. Ce qui m’inquiète lorsque les dirigeants se taisent c’est qu’ils sont soient mal préparés , soient qu’ils n’ont pas de sens à offrir à leurs intervenants pour leurs expliquer les changements à venir et cela est encore bien plus grave que l’absence de préparation. Le sens d’une transformation est le ciment qui vient expliquer au personnel les changements à venir et les résultats attendus cela aide à comprendre des gestes qui peuvent paraître parfois contradictoire comme parler de coupures de lits tout en annonçant des investissements dans le même domaine. C’est un des rôles les plus importants d’un bon gestionnaire annoncer et porter le sens de ce que l’on doit faire.

Les décisions annoncées sont cliniquement dommageable pour les personnes.

On sait maintenant que les personnes aux prises avec des problèmes sévères de santé mentale ont une espérance de vie réduite par rapport à une personne sans maladie. Cette différence peut aller jusqu’à 15 ans selon les diagnostics. Des problèmes cardiaques, des problèmes de diabète de l’obésité sévère, de la démence précoce ne sont que quelques unes des pathologie qui accompagnent souvent la maladie mentale. C’est pourquoi il y a plus de 40 ans on avait ouvert des lits dans des hôpitaux généraux afin que les spécialités utiles soient à proximité (cardiologie, endocrinologie, neurologie, gériatrie etc). Le retour des lits à Robert-Giffard c’est un retour au mode asilaire d’autrefois où la psychiatrie était la seule spécialité sur place. C’est un recul qui n’aurait jamais été toléré dans aucune autre spécialité au Québec.

De plus on veut faire plus de réadaptation c’est à dire intégrer les personnes directement dans leur communauté afin qu’ils puissent vivre une vie citoyenne enrichissante. On sait maintenant que plus de 75 % des personnes aux prises avec des troubles sévères de santé mentale peuvent vivre une vie autonome avec un suivi adéquat d’intensité variable. Le problème c’est que pour faire ce travail les intervenants doivent se trouver au cœur du quartier ou l’on doit réinsérer les personnes et non pas centraliser dans un ancien hôpital psychiatrique.

Pour faire ne bonne réadaptation les équipes doivent développer des liens avec une multitude d’organisation qui les aideront à combler les besoins nécessaires au bon maintien des personnes. L’on a qu’à penser aux offices municipaux d’habitation, aux propriétaires privés ouverts à louer à notre clientèle de santé mentale. On doit travailler en étroite collaboration avec les policiers patrouilleurs ,les groupes communautaires d’entraide, les services de crise et d’hébergement, l’éducation aux adultes, les services d’emploi et de main d’oeuvre en fait tout ce qui peut nous aider à ce que nos personnes puissent avoir un chez soi, un budget suffisant pour boucler les fins de mois, une lien avec des pairs, une activité ou travail stimulant, une vie normale quoi.

Donc en centralisant les équipes à Robert-Giffard, on éloigne les intervenants des communautés locales, on rend difficile le développement de liens de collaboration et on freine la collaboration opérationnelle facilité par des liens personnels et de proximité.

Des solutions

La mise en place d’états généraux des services de santé mentale dans la région de Québec me semble un bon moyen d’asseoir tout le monde et d’offrir une tribune aux dirigeants afin qu’ils soumettent leur vision non pas à court terme, mais à moyen terme sur l’organisation des services dans la région. On devrait y retrouver tous les partenaires du communautaire mais aussi les services municipaux, scolaires et de l’emploi. On devrait écouter ce qu’ils en pensent, recevoir leur crainte et leur appréhension.

Deuxièmement, on doit réellement annoncer l’intensification des services dans la communauté: le nombre d’intervenants que l’on rajoutera, le nombre d’équipe de quartier que l’on créera. Incluant les échéanciers de déploiement.

Troisièmement on doit statuer  sur la répartition des lits de psychiatrie dans la région de Québec. La solution de ne garder que deux pôles d’hospitalisation dont un de type asilaire est complètement irrecevable et va à l’encontre même des meilleures pratiques.Au contraire on doit nous annoncer dans combien d’hôpitaux seront déconcentrés les quelques 215 lits de psychiatrie et à qu’elles équipes de quartier ces lits seront rattachés créant ainsi une collaboration plus étroite entre les équipes de psychiatres et leurs équipes dans la communauté.

En 2018 il est grand temps pour la région de Québec de pouvoir s’imaginer des services de santé mentale sans ce préoccuper du dinosaure qu’est St-Michel Archange, Robert-Giffard ou L’institut .On a beau en changer de nom cette organisation est obsolète et nous empêche de prendre le virage vers une psychiatrie communautaire moderne.

Jean-Luc Parenteau
Directeur des services de santé mentale à la retraite CSSS de Beauce
Chargé de cours UQAR