Louis Robert

La protection des lanceurs d’alerte est primordiale

POINT DE VUE / Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) profite de la Journée mondiale de la liberté de presse pour souligner l’importance des médias dans une démocratie forte.

Le travail des journalistes permet de bien informer la population, de donner une voix aux différents acteurs de la société et de mettre en lumière les dysfonctionnements du système. La commission Charbonneau, par exemple, n’aurait jamais eu lieu sans le travail acharné de journalistes et l’aide des divulgateurs.

D’ailleurs, la presse doit pouvoir compter sur des sources bien informées, dont les lanceurs d’alerte. D’ici la fin de juin, le gouvernement doit recevoir un rapport d’étape sur la mise en œuvre de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics. Ce document est très attendu par le SPGQ. D’ores et déjà, le congédiement de l’agronome Louis Robert a démontré que la loi comportait plusieurs failles. Nous invitons le gouvernement à travailler avec nous pour corriger la situation et mieux protéger les lanceurs d’alerte, comme il a indiqué vouloir le faire.

Les obligations de loyauté, d’allégeance à l’autorité et de discrétion, imposées à une personne professionnelle de la fonction publique québécoise, ne devraient pas l’empêcher de dénoncer un acte répréhensible. Personne ne devrait perdre son emploi pour avoir communiqué des informations d’intérêt public à des journalistes. La principale préoccupation des employées et employés de l’État devrait être la protection du bien public ainsi que le bien-être et la santé de la population.

Il nous apparaît également important que la gestion des plaintes des divulgateurs soit confiée à un organisme indépendant, comme le Protecteur du citoyen. En 2017 et 2018, 43 des 49 plaintes avaient été rejetées par les ministères, selon un reportage du Journal de Québec diffusé en mars. Le système actuel protège davantage l’organisation visée par la divulgation que le lanceur d’alerte. Les ministères se retrouvent juges et parties. Il faut corriger cette lacune.

La protection des lanceurs d’alerte contribuerait à améliorer la gestion de l’État et la qualité de vie de la population. Les pays nordiques ont fait la démonstration qu’il est possible d’avoir une faible corruption, des programmes sociaux généreux et des dépenses publiques élevées. À preuve, ils enregistrent une croissance économique supérieure à celle des pays néolibéraux comme les États-Unis et le Canada et ils maintiennent des seuils d’égalités sociales hors pair dans le monde. Le Québec aurait avantage à prendre exemple sur eux.

D’ailleurs, sur la scène internationale, plusieurs instances adoptent des mesures pour mieux protéger les lanceurs d’alerte. La plus récente est une directive du Parlement européen adoptée le 16 avril dernier. L’Organisation de coopération et de développement économique réclame aussi une meilleure protection des divulgateurs. Quant à l’Organisation internationale du travail, elle prépare un rapport afin d’obtenir une convention internationale en leur faveur. L’Internationale des services publics, représentant 20 millions de travailleurs syndiqués, a d’ailleurs adhéré sans réserve récemment à la demande de réintégration de l’agronome et lanceur d’alerte Louis Robert.

Le gouvernement québécois aurait tout intérêt à devenir un chef de file en la matière. Tout le monde y gagnerait, à commencer par les Québécoises et les Québécois.