«Les prochaines années seront de ces rares périodes pendant lesquelles nos gouvernants pourront mettre en œuvre des politiques ambitieuses sans que les compte-minutes de la dette le leur reprochent constamment», écrit Cedrik Verreault, étudiant en science politique et co-porte-parole de Québec solidaire Capitale-Nationale.
«Les prochaines années seront de ces rares périodes pendant lesquelles nos gouvernants pourront mettre en œuvre des politiques ambitieuses sans que les compte-minutes de la dette le leur reprochent constamment», écrit Cedrik Verreault, étudiant en science politique et co-porte-parole de Québec solidaire Capitale-Nationale.

La post-COVID: Klondike de politiques progressistes?

Cedrik Verreault
Cedrik Verreault
Étudiant en science politique et co-porte-parole de Québec solidaire Capitale-Nationale
POINT DE VUE / Si la gestion de crise ralentit passablement, une ruée à la recherche des meilleures idées pour «l’après» anime élu(e)s et militant(e)s se réclamant du progressisme politique. En trame de fond, un débat: doit-on continuer d’ajouter des mesurettes telles des pépites à nos programmes existants, ou encore dynamiter le tout et — si post-COVID, il y a — fonder les bases d’une société changée à jamais?

De quoi se creuser la tête, et miner les budgets. Les prochaines années seront de ces rares périodes pendant lesquelles nos gouvernants pourront mettre en œuvre des politiques ambitieuses sans que les compte-minutes de la dette le leur reprochent constamment. Il est dans notre intérêt collectif de leur rappeler la marge de manœuvre dont ils disposent, porteuse d’espoir tant elle paraît inédite pour tous ces groupes abonnés à des «non», abrutis par l’indifférence à leur endroit, non pas ignorants, mais ignorés de la politique. Alors que la démocratie est confinée dans quelques séances parlementaires virtuelles, usons d’introspection: notre normal, pour ce qu’il l’était, était-il si souhaitable?

Si ces débats normatifs interpellent les philosophes en nous et donnent le signal de départ d’une compétition d’idéologues, les changements concrets n’attendront pas la fin de la crise. Ils prennent place non pas loin, mais dans notre cour, alors que la Ville de Québec rend six de ces rues emblématiques piétonnes les fins de semaine.

Il n’est pas là question de révolution, mais une évolution bienvenue dans la cité des radios privées. Certains se contenteront d’affirmer qu’il serait étonnant que cette décision ait été prise sans nécessité sanitaire. Mais la puck est désormais de notre bord du trottoir. C’est à nous de demander le retour des rues piétonnes, leur extension et leur expansion.

Si la piétonnisation est locale, les idées de grandeur abondent. Elles sembleront étrangères à des générations de Québécois(e)s s’étant partiellement désintéressées de la politique en raison de sa gestion à la semaine. S’il l’a peut-être fait pour apaiser la grogne justifiée de familles perdant des êtres chers dans ses établissements de soins de longue durée, le premier ministre du Québec est allé jusqu’à suggérer leur nationalisation en conférence de presse — proposition notamment faite par Québec solidaire (QS).

Ce n’est pas chose faite, mais lorsque ces grandes messes sont écoutées si religieusement qu’elles égalent les hits du dimanche de la télévision québécoise, souhaitons que la mention ne soit pas anodine. Car si ce sont des promesses irréfléchies, les ministres caquistes devront répondre à plusieurs questions qui tuent.

Pendant ce temps, les chèques du gouvernement fédéral sont rapidement virés dans les comptes bancaires des éligibles. S’il se rapproche d’un plan compréhensif, cela n’a pas été sans revirements.

On peut remercier le NPD ou encore le Bloc québécois pour quelques propositions, constructives, qui se sont vues reprises. La question, pour le fédéral, devient cependant : comment justifier la reconnaissance de nombreuses situations de précarité et de mailles dans notre filet social maintenant, et penser s’en désengager? Une sortie de cinquante sénateurs, surprenante dans la mesure où elle rejoignait la proposition d’un revenu minimum garanti (RMG) notamment dans le programme de QS, est demeurée sans suite. Sachant que Jean-Yves Duclos, député de Québec et président du Conseil du Trésor, en est un universitaire spécialiste, interroger le gouvernement fédéral quant à l’éventualité d’une transformation de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) serait la moindre des choses.

Toute crise engendre ses risques de régressions. Y naissent cependant des opportunités de luttes, menant à des progrès difficilement réalisables jusqu’alors. En espérant que cette synthèse de pensée, si elle est très sommaire, rejoigne les citoyen(ne)s aspirant à un «après» souhaitable.